jeudi 25 janvier 2018

Obélix et le jeune homme pauvre


Elle était pas belle, maman !

Publié en 1858, le Roman d'un  Jeune Homme Pauvre (d'Octave Feuillet) a eu le succès d'une grosse série américaine. Succès auprès des femmes en particulier, pour son caractère romantique. Pourtant, les femmes du roman n'ont pas tellement plus de présence que des vaches fantasques et versatiles.

On dit que le roman a mal vieilli. C'est sans doute à travers de tels livres qu'on peut juger des œuvres contemporaines et de leur avenir : les défauts qui font délaisser le Roman d'un Jeune Homme Pauvre doivent être recherchés dans les productions récentes, mais transposés. Raison pour laquelle il est intéressant de lire ce type d'ouvrage.

Le style de Feuillet est loin d'être insupportable. Certes, on trouve des phrases du genre : "déjà l'ange de l'éternel repos étendait visiblement son aile sur ce front apaisé." Mais l'ensemble du livre n'est pas complètement pavé d'ampoules... J'aime bien l'atmosphère bretonne, genre Club des Cinq. Il y a aussi quelques passages sympathiques, sinon drôles et ironiques - je te jure ! Bref, je ne me suis pas ennuyé.

Côté modernes, j'ai relevé dans un autre post les ridicules des styles d'aujourd'hui. La fausse rapidité. Le peu d'articulations qui rendent le texte incompréhensible - plutôt qu'énigmatique. Et l'utilisation de nouvelles formules "spirituelles" qui sembleront totalement ringardes dans trente ans. Par exemple des sauts du coq à l'âne destinés à surprendre, mais qui semblent déjà forcés - tu sais sans doute ce dont je parle, le style journalistique en vit. le Roman d'un Jeune Homme Pauvre est moins prétentieux, il ne cherche pas à séduire à tout prix. Avantage Feuillet !

Lire un vieux livre, c'est aussi voyager : il n'y a aucune différence entre un pays étranger et une époque révolue. Mais il est mieux de connaître le pays et ses règles. A l'époque où se déroule l'action du Jeune Homme Pauvre :

- il n'y a pas de maison de maçon en Bretagne ;

- les classes sociales sont fondées sur la distinction suivante :
a/ ceux qui doivent travailler pour vivre, une majorité d'êtres en général transparents, parfois cocasses, pittoresques et/ou touchants ;
b/ ceux qui ont des rentes.

- il est tout à fait normal (et bien vu) d'être rentier ;
- il est impossible de devenir riche autrement qu'en épousant une personne qui a du bien ;
- il n'existe aucun risque de retournement de fortune, à moins d'être joueur ou de spéculer sur des bateaux qui font la traite - et encore. En effet, la fortune est pour l'essentiel fondée sur les biens immeubles, en particulier les terres.  
- il n'existe aucun impôt sur la fortune et celle-ci se reconduit naturellement, sur un fond d'inflation nulle.

Bien entendu, parmi ceux qui ont des rentes, on distingue les petits rentiers (…5000 Francs de rentes) des riches rentiers (…100 000 Frances de rentes).

L'histoire du jeune homme pauvre est fondée sur quelques présupposés assez exotiques :
- Dieu existe et il est l'oméga de toute vie humaine ;
- le cerveau de l'homme est doté de plusieurs compartiments étanches, où habitent des petits personnages vindicatifs, notamment Honneur, Volonté et Sensibilité ; ces derniers sortent parfois de leurs compartiments et se foutent des peignées mémorables ;
- l'homme est libre d'être vertueux ;
- l'intelligence d'une femme n'est pas un thème intéressant
- les héros ne font pas caca.

Difficile de passionner un jeune lecteur en partant de cette base. Car aujourd'hui il n'y a plus de dieu, et l'homme est plus une destinée, une force qui va, plutôt que la résultante de forces internes contradictoires. Liberté et libre-arbitre sont tombés en désuétude avec les derniers développements du cognitivisme - même si beaucoup y croient encore. Quand à l'intelligence des femmes, on n'a que ça à la bouche…

Je m'étonne de l'irrésistible ascension des super-héros. Il fut un temps où les petits enfants adulaient les personnages parfaits. Au fur et à mesure qu'ils grandissaient - et qu'on les forçait à lire Racine et de Corneille, leurs héros s'humanisaient et acquéraient des faiblesses. Alors qu'aujourd'hui, le héros moderne a avant tout des super-pouvoirs, c'est ce qui le caractérise en premier lieu. Ou bien il a l'équivalent : un passé, une histoire si forte qu'elle l'oriente quasi-définitivement et lui donne une force supérieure.

Bref, beaucoup de héros d'aujourd'hui, Dr. House, Sherlock (celui de Elementay), Mike (dans Suits), Liv (dans I-zombie), John Reese (dans Person of interest), Charlie (dans Numbers), Patrick Jane (dans the Mentalist), Eliott (dans Mister Robot), liste pas du tout exhaustive, sont des genres d'Obélix lunaires sans avoir l'étiquette Marvel. Tous sont tombés dans la potion magique.

Le héros de Feuillet paraît faible en comparaison. Certains auront envie de lui dire : "mais vas-y, saute-lui dessus, elle n'attend que ça…" Comme ce serait vulgaire !... Ce qui caractérise justement le jeune homme pauvre, c'est sa passivité (et sa capacité à se plaindre).

Curieusement, le jeune homme pauvre, sans avoir de dons magiques, est quand même présenté comme un être parfait, sachant monter à cheval, toucher le piano, montrer une éducation et un tact exquis en compagnie (ben oui, à l'époque, c'était ça les super-pouvoirs). Le fait que ces "super-pouvoirs" tiennent à sa naissance noble n'est qu'une concession au siècle :  le jeune homme pauvre est juste un enfant qui porte une particule… de kryptonite.

La différence, c'est qu'il est tourmenté et attend que ça passe. Alors que les héros modernes vont vers leur but sans états d'âmes. Même dans une anime aussi pétrie de morale traditionnelle que Shigen no kyojin, les personnages principaux savent dans quelle direction aller.

J'entends les (vieux) grincheux de tous bords dire que ces héros qui n'ont pas de débat intérieur, qui n'ont d'autre hésitation que la trouille - mais jamais la morale - ces héros représentent une régression par rapport aux héros d'antan qui se posaient tant de questions.

Pas sûr. Ces nouveaux héros sont peut-être à l'image de ce que nous sommes réellement : des robots humains. Le débat intérieur n'a jamais été qu'une illusion littéraire - tout est décidé à l'avance...

mardi 23 janvier 2018

Les indignés de la pub Biocoop


Une amie s'indigne de la condamnation de Biocoop par la justice française au motif que Biocoop a été puni pour avoir dit la vérité :


Résultat, des commentaires scandalisés, je te laisse imaginer...

A mon avis, le juge aurait pu émettre une autre décision car la publicité ne met pas directement en cause les marques des produits alternatifs. Il a sans doute eu peur d'ouvrir une porte à d'autres types de campagnes sans doute moins bien pensantes… Ou il a été lâche - ça arrive.

Mais ce qui est mensonger, c'est de dire que Biocoop a été condamné "pour avoir dit la vérité". Qui le dit ? Apparemment, une curieuse officine qui se décrit comme une "société de médias/d'actualités". Elle traite de réflexologie, de vie après la mort, des bienfaits du curcuma, du vinaigre de cidre pour traiter l'eczéma, et s'intéresse aux pyramides sur la lune et au monstre du Loch Ness. Une source scientifique de premier ordre...

Si un vendeur d'eau minérale disait qu'il ne fallait pas acheter de Coca parce qu'il y avait 15g de sucre par litre (je pense que c'est plus mais peu importe), il serait condamnable et pourtant il aurait dit la vérité. Car la loi française prévoit qu'il est interdit de dénigrer les produits d'un concurrent. C'est quand même un peu ce que Biocoop a fait.

Le juge est donc dans son rôle quand il condamne celui qui franchit la limite posée par la loi. En aucun cas on ne peut demander à un juge de prendre des attitudes morales. Combien de fois faut-il rappeler qu'il est là pour appliquer la loi votée démocratiquement par les élus pour qui tu as peut-être voté ? (et si tu ne l'as pas fait, tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même !)

Conclusion : la contre-campagne de soutien de Biocoop suite à sa condamnation est plus mensongère et répréhensible que l'erreur du juge, car elle est délibérée et destinée à manipuler. Et manifestement, vu les commentaires sur Facebook, ça marche...



mardi 16 janvier 2018

Touche pas à mon porc


Cochon suspendu par les pattes, abattoir de H (78) : non seulement supplicié mais maintenant insulté par les femmes.

L'un des avantages de vivre à plus de huit mille kilomètres de la France, c'est de n'avoir qu'un écho assourdi de ce qui s'y passe. J'ai récemment échappé à l'hystérie médiatique lors de la mort de Johnny, puis celle de France Gall. Une molécule d'eau se trouve au sommet d'une vague un moment donné : est-elle tellement différente des autres molécules ?

Là, il me semble ressentir une grosse agitation à propos de "dénonce ton porc". Tellement heureux d'y échapper. Mais j'ai bien compris le message : il faut que tu penses pareil. Heureusement, à huit mille kilomètres, qui va vérifier ?

Mon instituteur, ce cher monsieur Coquen, glissait un quart d'heure de morale au début de la matinée. Ce jour-là, classe de septième 1, il écrit sur le tableau noir en belle cursive : "un coup de langue peut être pire qu'un coup de lance". Et il explique... si bien que je m'en souvient encore aujourd'hui.

Alors "dénonce ton porc" ? Moyen… La justesse d'une cause justifie-t-elle l'insulte ? Pas sûr. J'ai demandé sur Facebook quelle serait la réaction si je lançais une ligue nommée "Vire ta truie". On a pris cela pour de la provocation. Et j'ai bien senti la vertueuse indignation.

Faire profil bas dans le métro...

Pourtant, le manifeste de Leila Slimani que j'ai fait lire à une amie musulmane modérée lui a paru un tissu de provocations. Est-elle en droit d'allumer les deux cent cinquante millions d'indonésiens qui ne pensent pas comme elle (pour se conformer à son attaché de presse qui lui a dit que ça augmenterait le tirage ?) Pourquoi aurait-elle raison contre eux ? Et pourquoi auraient-ils raison contre elle ? Ce manifeste pue l'ethnocentrisme, et je le trouve extrêmement blessant pour des millions de femmes - qui ont le tort de ne pas avoir la même culture. Je ne fais certainement pas l'apologie de la burqa ou de l'islam. Je dis simplement qu'on doit avant tout aux autres le respect.

Une autre  femme qui dit aimer la galanterie (va comprendre, j'ai souvenir de m'être fait vertement remettre à ma place parce que je m'étais effacé après avoir ouvert une porte, symptôme d'un haïssable machisme) raconte un fait divers où une pauvre femme se fait démolir par son ex. Bravo ! Technique mise au point par l'extrême-droite : tu sais, quand on raconte juste avant des élections comment une petite vieille s'est fait torturer par un maghrebin pour cent balles. Efficace, mais...pas sûr que les techniques de l'extrême droite ne sentent pas le lisier...

- Moi, perso, j'ai rien contre le lisier...

Je ne suis pas une femme - à moins d'avoir été victime d'une vaste erreur toute ma vie. J'ignore donc ce que vivent les femmes. La drague lourdingue. Les propositions salaces. Et bien pire, les attouchements sournois et les chantages sur le lieu de travail.

Arrivé à cet endroit, il serait de bon ton que je clame à quel point c'est terrible, épouvantable, innommable, affreux, repoussant, odieux, révoltant, infâme, détestable, monstrueux, abominable, atroce.

Je préfère plus sobre : je trouve cela minable et moche, et je condamne.

Je condamne comme je condamne toute action qui limite la liberté d'autrui. Je condamne sévèrement, pas plus ni moins.

Et maintenant, j'essaye d'imaginer à quoi cela peut ressembler le harcèlement dont les femmes disent être victimes (et le sont sans doute). J'ai eu plusieurs petites amies dans ma vie, et plusieurs amiEs tout court. Elles n'étaient pas vilaines - personnellement, je les trouvais très belles. Et beaucoup d'entre elles n'avaient pas la langue dans leur sac à main(1). D'après ce que je comprends, elles auraient eu honte d'exprimer devant moi la souffrance causée par les sollicitations dont elles étaient victimes ? Elles n'avaient pas encore libéré leur parole ? Aucune d'entre elles ? Hmm… Cela me surprend un peu car nous avions parfois beaucoup d'intimité… et question libération, certaines… mais bon.

Sur la ligne 11 Porte des Lilas. Le ticket de métro se porte sur le dos.

Peut-être qu'elles s'en foutaient ? Qu'elles plaçaient la nuisance au niveau du moustique du soir dans la chambre des vacances, ou de la mayonnaise qui rate ? Est-ce qu'on voudrait me faire croire que toutes les femmes sont de pauvres petites choses fragiles et sans défense - curieux discours féministe...

J'essaye de me mettre à leur place. Qu'est qui pourrait être comparable ? Ah oui ! Le centre-ville à Djerba ! J'étais clairement marqué comme appartenant au sexe des touristes, et je devais supporter les apostrophes, les tutoiements, les gens qui t'arrêtent, te prennent par le bras et parfois te bloquent, les propositions qui n'avaient rien d'obscène, certes, mais lassantes par leur répétition.
- Rien à voir.
- Ok, mais pourquoi ? J'étais différent par mon physique, j'étais une cible, je supportais un traitement particulier. On me renvoyait une image assez déprimante, celle d'un gogo, d'un porte-monnaie sur pattes, et j'étais sollicité alors que je ne demandais qu'une chose - qu'on me foute la paix.

Mais bon, d'accord, je ne suis pas resté à Djerba plus d'un mois. Et je ne me faisais pas insulter (en tout cas pas en français) quand je n'achetais pas la guitare à trois cordes en pied de chameau qui pue.

Alors quoi d'autre...? Des "agressions", cette fois sexuelles. Un homo qui me montre sa bite en érection dans les toilettes de la gare Waterloo à Londres, un soupeur qui jette une tartine de pain dans l'urinoir où je pisse, et divers épisodes du même acabit, genre attouchements. Les prostituées qui m'interpellaient rue St Denis, et dans un style plus agressif, celles qui sont en terrasse à Pattaya. Et même une fois, des filles qui m'ont sauté dessus quand j'étais jeune et beau.

J'ai honte de le dire, mais je n'en ai pas été marqué (et dans le dernier cas, j'ai même trouvé plutôt sympa). Il est vrai que ce n'était pas toute l'année - sauf pour la rue St Denis : j'habitais à côté.

Le quartier des violeurs à Fleury

 J'ai même souvenir d'une amie qui s'était fait violer et qui m'avait confié qu'elle avait pris un peu de plaisir au milieu de l'action. Et que maintenant, elle s'en foutait. Mythomane, grande perverse, syndrome de Stockholm ou... grosse cochonne ? Les gens ont des sensibilités différentes. Et puis après tout, je ne suis pas une femme : je ne peux pas comprendre.
Mais ce que je comprends, c'est que ces cris que j'entends jusque dans ma rizière ont pris une place indue sur la place publique. La formulation porcine est déplacée et choquante. Les arguments sont faibles sinon faux, passionnels et fortement ethnocentriques. Et les sourcils froncés ne vous vont pas, mesdames (oups ?)

Il est TRÈS malhonnête de mettre dans le même sac le petit connard qui passe une main, et le criminel qui tabasse et viole une femme. Grosse erreur de casting.

TRÈS malhonnête de faire passer pour une cause nationale un problème avant qu'il n'ait été quantifié. Avant d'avoir fait une enquête précise pour connaître le nombre de femmes qui vivent ces comportements comme des nuisances graves et ne se sentent pas capable de se défendre toutes seules. Qu'on ne me dise pas que "justement, c'est une info qu'on ne peut pas obtenir" parce que c'est faux. Les techniques d'enquêtes (indirectes) permettent d'obtenir tous les renseignements qu'on veut avec un degré convenable de fiabilité.
Dommage, la cause est bonne. La société doit évoluer. La justice doit être active. Mais il y a d'autres voies. Plus intelligentes, plus drôles, plus subtiles. Personnellement, je suis abonné à une chaîne féministe sur Youtube, le Vaginarium du Dr. Pralinus. J'y décrypte le sexisme ambiant. J'en comprends les liens avec le marketing et la société dans son ensemble.
Bref, j'y trouve un aperçu de la big picture. Ça te dit ?


1 je veux bien qu'on dise que c'est une remarque sexiste, mais il faut me dire pourquoi 


Abattoir équipement Trois-Points électrique superbe machine boucherie de porc (publicité Alibaba - authentique)

dimanche 14 janvier 2018

Le Noël de Zorro à la Crèche des Dépôts



Le 12 décembre de l'année dernière, je me rends sur le site de l'Ircantec et de la Caisse des dépôts, je passe mes identifiants, j'arrive dans mon espace personnel (je ne suis pas peu fier d'avoir un espace personnel), et je leur adresse un petit mot :

Madame, Monsieur,
J'ai récemment changé de banque et je souhaiterais que les versements dont je bénéficie soient redirigés vers le compte dont je vous joins un relevé d'identité bancaire afin de pouvoir clôturer l'ancien compte.
Vous remerciant d'avance, etc.

PS : mon numéro de sécurité sociale est le …, je suis domicilié à…, je suis né le tant… en l'heureuse ville de R…je porte un slip panthère de marque…,
non, le dernier, je ne l'ai pas écrit.

Je reçois le même jour le mail suivant :

Bonjour,
Nous vous remercions de votre message. Au regard de notre activité actuelle, une réponse vous sera apportée dans un délai d'environ cinq jours.
Ceci est un accusé de réception. Ne répondez pas à ce mail, il ne sera pas traité.
Si vous souhaitez nous contacter de nouveau, vous devez impérativement utiliser un formulaire de contact de notre site www.ircantec.retraites.fr
A très bientôt sur notre site
 
Signé : Votre correspondant Caisse des Dépôts

J'aurais dû me méfier. Mais j'ai laissé passer. Pourtant, la dernière phrase était lourde de menaces : A très bientôt sur notre site...

Exactement douze heures et une minute plus tard, j'ai reçu exactement le même mail. "Tiens, me suis-je dit, ils prennent mon affaire très au sérieux, ils sont bien ces gens-là (ou alors ils ont un serveur bègue)". Et je n'y ai plus pensé.

Jusqu'au 14 décembre, date à laquelle j'ai reçu le mail suivant :

Bonjour,
Vous m'avez adressé un courriel concernant votre dossier IRCANTEC.
Je le transmets ce jour au service habilité à étudier votre demande. Une réponse vous parviendra par courriel dans un délai maximum de 8 jours.
Je vous remercie de votre compréhension.
Signé : Votre correspondant Caisse des Dépôts

Magnifique signature, pleine d'un mystère bouleversant, mais témoignant aussi d'une douce proximité - presque une intimité : Votre correspondant... Moi, vermisseau misérable, j'avais un correspondant à la Caisse des Dépôts ! J'ai entrevu cet homme (ou cette femme) comme une sorte de Zorro superbe venu à la défense du citoyen opprimé par un quotidien grisâtre. Bref, j'avais reçu une lettre anonyme...

Je crois qu'il existe un texte rendant obligatoire l'affichage de son identité dans les administrations. Mais il y a des exceptions. Et là, il faut les comprendre, ces correspondant Caisse des Dépôts, ils ont un métier dangereux, les agressions peuvent pleuvoir de tous côtés, agrafe qui perce le bout du doigt, café qui se renverse, et même, téléphone qui sonne.

Après un moment de joie intense, j'ai relu le mail. Un délai maximum de 8 jours ? Il suffit d'attendre le 22 décembre, ils ont un petit retard dû aux fêtes… Même si ce n'est pas encore la période des congés : ils sont très forts, ils prennent de l'avance sur le retard. Alors j'ai pris mon mal en patience.

Mais le 15 décembre, je recevais encore un autre mail, signe qu'ils étaient à fond sur l'affaire. Tu penses, changer une domiciliation bancaire, c'est du lourd.

Voici le mail en question, toujours signé de mon bienfaiteur masqué :

J'ai examiné votre demande. Un délai supplémentaire est nécessaire pour vous donner les éléments de réponse que vous attendez. Je vous propose de vous l'apporter au plus tard dans douze jours. 
Je vous remercie de votre confiance.
Signé : Votre correspondant Caisse des Dépôts

Là, pas de bonjour, tout de suite l'info brûlante, à bout portant. Mais toujours cette signature rassurante : "Votre correspondant Caisse des Dépôts qui vous fait un gros poutou". En fait non, le gros poutou, j'invente. Mais c'est bien comme ça que je l'ai pris, je suis d'une nature affectueuse. Et puis j'ai noté un pas immense dans nos relations (et donc dans l'avancement de mon dossier). Dans le mail précédent, il me remerciait de ma compréhension. Tandis que là, il me remercie de ma confiance ! Autant dire que nous sommes frères. Et avec un peu de chance, nous allons passer nos prochaines vacances ensemble.

Bon, il suffit d'attendre le 27 décembre. Quand je pense à ce fonctionnaire dévoué qui, au beau milieu des fêtes entre sa femme et sa fille, va quitter la table entre la dinde et la bûche... pour aller faire son devoir et m'envoyer une petite bafouille ! De quoi te faire monter les larmes.

Mais huit heures plus tard très exactement, j'ai reçu le même mail. Sans doute le serveur qui avait déjà mangé trop de bûche : le hoquet forcément.

J'ai quand même laissé passer les fêtes. Le père Noël n'existe pas et ça m'a fait déjà assez de mal quand on me l'a annoncé. Alors sa résurrection à la Crèche des Dépôts, à d'autres !

J'ai quand même renvoyé un petit rappel le 5 janvier pour savoir où en était mon affaire, en espérant que mon splendide correspondant Caisse des Dépôts ait survécu aux bombances de cette période.

Bonheur ! J'ai aussitôt reçu le mail suivant :

Bonjour,
Nous vous remercions de votre message. Au regard de notre activité actuelle, une réponse vous sera apportée dans un délai d'environ cinq jours.
Ceci est un accusé de réception. Ne répondez pas à ce mail, il ne sera pas traité.
Si vous souhaitez nous contacter de nouveau, vous devez impérativement utiliser un formulaire de contact de notre site www.ircantec.retraites.fr
A très bientôt sur notre site
Signé : Votre correspondant Caisse des Dépôts

Les psychanalystes disent que la psychanalyse permet de faire un tour sur soi-même - 360 degrés. Ce qui veut dire qu'on revient exactement au point où on en était au début de la cure. J'ai donc un scoop pour toi : les fonctionnaires de la Caisse des Dépôts sortent tous de l’École Freudienne.

Mais le 10 janvier, soit cinq jours plus tard et à peu près un mois après que j'ai demandé à la Caisse des Dépôts de modifier mon identité bancaire (à travers leur espace personnel sécurisé - donc avec quand même pas mal de garanties sur mon identité et après que je leur aie proposé de leur donner nom, date de naissance, caractère et rituels de couchage de mes ascendants jusqu'à la 30ième génération) :  

rien.
toujours rien.

Et là, alors que je désespérais, un mail dont tu attends la lecture avec impatience :

Bonjour Monsieur,
Vous m'avez adressé un courriel.
Pour répondre à votre demande, j'ai tenté de vous joindre par téléphone.
Vous pouvez contacter un conseiller au 02 41 05 25 25, du lundi au vendredi de 9h00 à 17h00 sans interruption. 
Je reste à votre disposition et vous souhaite une bonne journée.

Avec en bas une signature ! Zorro enlevait son masque et je voyais enfin son visage resplendissant dans la lumière blême des bandes de néons (bandonéon, c'est un peu le pays de Zorro, non ?) qui doivent encore éclairer les plafonds des bureaux de la Caisse des Dépôts.

Bien sûr, il n'y a jamais eu de coup de téléphone - quand on rate un appel, ça laisse des traces sur le téléphone.

Et bien sûr, j'avais prévenu que j'étais à 8000 km, avec un décalage, qui rendait compliqué tout échange aux heures de bureau. Surtout pour appeler un plateau où un robot vous pose dix questions avant de raccrocher "car tous nos conseillers sont indisponibles, veuillez renouveler votre appel plus tard".

J'ai donc envoyé un nouveau mail, réexpliquant la situation.

Et le même jour, j'ai reçu un nouveau mail dont je te laisse deviner la teneur :

Bonjour,
Nous vous remercions de votre message. Au regard de notre activité actuelle, une réponse vous sera apportée dans un délai d'environ cinq jours.
Ceci est un accusé de réception. Ne répondez pas à ce mail, il ne sera pas traité.
Si vous souhaitez nous contacter de nouveau, vous devez impérativement utiliser un formulaire de contact de notre site www.ircantec.retraites.fr
A très bientôt sur notre site
Signé : Votre correspondant Caisse des Dépôts

Mon correspondant avait remis son masque. Il disparaissait sur son cheval blanc dans un bruit de Tonnerre (c'est le nom du cheval). Et maintenant, je me morfonds et j'espère son retour… J'ai trouvé un livre pour tromper mon ennui. Un livre d'Arthur Koestler, auteur un peu oublié qui parlait d'un pays où l'individu avait disparu derrière l'administration. Le Zorro et l'Infini... Une fiction.

J'y lis : "Ce siècle est malade. Nous en avons diagnostiqué le mal et ses causes avec une précision microscopique, mais partout où nous avons appliqué le bistouri, une nouvelle pustule est apparue..." 

T'as le bonjour d'Arthur !


mercredi 10 janvier 2018

Petit dictionnaire énervé de nos vies de cons : danger, émanations toxiques


Il est même paru en poche : aucune excuse !

Tu connais les livres de chevet, ceux que tu gardes sur la table de nuit à côté de ton lit, ouvrages classiques que tu vénères (et n'ouvres jamais). Tu connais aussi les romans de gare qui te permettent d'amortir les retards de la SNCF : même si les éditeurs se donnent un mal de chien pour qu'on les prenne pour de la littérature, tu ne t'y fais pas prendre et tu as d'ailleurs un truc infaillible : tout ce qu'on trouve au Relai H de la gare Montparnasse, c'est de la littérature de gare. Trop puissant !

Et tu connais sans doute comme monsieur Jourdain les bouquins de chiottes : livres d'images et dictionnaires qu'on picore (même si picorer dans les chiottes, c'est quand même un peu limite). Livres en portions Vache qui Rit, qu'on peut ré-ouvrir aussi souvent que l'ordonne son intestin, sans peine, sans craindre d'avoir perdu le fil - et j'inclus les plus constipés.

Le petit dictionnaire énervé fait partie de ces livres. Peut-être l'as-tu déjà lu : il a été publié en 2010. Personnellement, je ne lis jamais de livres récents, je ne vois jamais de film nouveaux, je préfère attendre qu'une première vague, une deuxième, une troisième aillent au casse-pipe. Longtemps après, je hume la résonance de l'écho de la rumeur : je risque moins de perdre mon temps et d'encourager la mauvaise littérature en engraissant les mauvais auteurs ! Oui, je sais, humer une résonance, c'est un peu curieux : ça te dit à quel point je filtre. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'écoute les nouvelles très régulièrement - mais en podcast, quelques années après les évènements : c'est beaucoup moins traumatisant.

Certes, Le petit dictionnaire énervé ne vaut pas Bouvard et Pécuchet, le prince des livres qui moquent la bêtise.

Il ne vaut pas le Dictionnaire des clichés littéraires de Hervé Laroche, qui est à se rouler par terre. Raison pour laquelle j'ai dû le retirer de mon petit coin parisien du fait d'accidents - heureusement sans gravité.

(j'en profite pour lancer une annonce : je reconnais un excellent goût littéraire à l'ami(e) qui me l'a barboté en faisant une station dans mes toilettes rustiques, mais j'apprécierais qu'il ou elle me le rende - c'est un cadeau.)

Le petit dictionnaire énervé passe juste après ces deux monuments, et c'est un immense compliment !

C'est un livre vraiment drôle - pas seulement à cause des clin d’œil littéraires. Pascal Fioretto se promène dans les salons avec l'humour d'un jeune Proust dont il partage plusieurs traits - y compris de prendre Albert pour Albertine. D'un ton doux, sub-dépressif, à peine désabusé, cet ancien ingénieur chimiste verse goutte à goutte de l'acide nitrique fumant sur la bêtise ambiante. Autant dire qu'il sort des émanations toxiques de ce contact. Les plus lucides en seront incommodés…

Mais je n'ai même pas envie d'en parler. Lis !

Déjà, le bandeau me fait rigoler... Fioretto écrit des pastiches. Il a aussi signé Gay Vinci Code que je lirai sans doute.


samedi 6 janvier 2018

Le fractionné est-il une ascèse tasmane... ou le nouveau shoot du dimance matin ?


Parait que les étirements, ça sert à rien. Mais bon, ils changent d'avis tout le temps...

Si tu as fait du sport, même juste le dimanche une fois par mois, tu sais forcément ce qu'est le fractionné. C'est une forme d'entraînement où tu te donnes à fond pendant une période de temps, suivie d'une période où tu te reposes de cet effort intense, et tu dois répéter la formule plusieurs fois.

Seul le fractionné permet d'augmenter ses performances - j'exclue l'EPO, les androgènes, etc. Le fractionné force le cœur à monter en régime et augmenter son débit. A terme, il le muscle et rend ses contractions plus puissantes et plus efficaces : il augmente sensiblement le volume d'éjection par minute - ce qui permet une bonne irrigation musculaire, un bon apport d'oxygène aux organites qui produisent de l'énergie.

Il ne faut pas faire que du fractionné, car à force de muscler le cœur, on en réduit la contenance : le muscle bombe dans les cavités cardiaques et en amoindrit le volume - mais surtout, un cœur trop musclé ne peut plus évoluer. Il faut donc aussi faire de l'exercice cool, mais suffisamment important et durable pour que le cœur augmente sa capacité sous l'effet de l'entraînement.

Il y a bien longtemps, une équipe de coureurs - suédois je crois - avait été préparée à des compétition par des exercices longs et modérés destinés à augmenter le volume du cœur . Avec un succès anatomique qui avait été objectivé à la radio. Malheureusement, ces coureurs avaient des cœurs très gros mais aussi efficaces qu'une capote anglaise remplie d'eau : pas assez musclés.

Moralité : il faut un peu des deux, entraînement de fond et fractionné.

Avantage, le fractionné, bien utilisé, donne très vite des résultats. Perso, j'en fais en course à pied et en natation deux nages.

Le problème, c'est qu'il est considéré comme une ascèse, voire une effroyable torture. A juste titre, car beaucoup de gens font du fractionné de manière idiote.

Ils ont trouvé dans la littérature sportive des modèles de fractionné : par exemple tu cours 2 minutes, tu te reposes 30 seconde.

Mais personne n'est pareil. Et il y a tout à parier que le fractionné qu'on te propose est bien trop exigeant pour toi - sauf si tu es déjà très entraîné.

Car il y a autant de fractionnés que de personnes. Et pour une personne, il y a plusieurs fractionnés possibles, tous aussi positifs les uns que les autres pour les performances.

Et hop ! Vive le sport !

L'idée est de commencer à courir (ou nager) "à toute vitesse", et de s'arrêter quand on sent que ça tire vraiment. On a pris soin de mesurer combien de temps on a couru, ou combien de foulées on a faites. Ensuite, on se repose. Peu importe combien de temps : l'essentiel est de ne surtout pas brutaliser son corps et de repartir reposé.

Pendant cette période de relâchement, on pourrait imaginer courir à vitesse modérée. Je crois que c'est pour les sportifs déjà très entraînés. Mieux vaut marcher (il y a des études sur le sujet). Et quand on se sent de nouveau d'attaque, on repart. Combien de fois on fait ça ? Jusqu'à ce qu'on en ait assez.

Les mesures que je donne sont pour le moins floues : "s'arrêter quand on sent que ça tire vraiment", repartir " quand on se sent de nouveau d'attaque", faire du fractionné "jusqu'à ce qu'on en ait assez". Parce que c'est à toi de calibrer le niveau de ton entraînement suivant ton humeur et ta forme. Si tu fais du fractionné, c'est que tu veux progresser ou au moins éviter de trop régresser. Donc je sais que tu vas en faire assez. Alors pas la peine de te torturer.

Ensuite, quand tu te connais bien, tu peux éventuellement imposer des limites (souples…) à la durée de ton repos. Mais ce qui compte, ce n'est pas que tu souffres. Souffrir ne muscle pas, sinon les mélancoliques seraient des armoires à glace, et ce phénomène aurait fait l'objet d'articles dont j'aurais eu connaissance !

Non, ce qui compte, c'est que ton cœur soit obligé de s'adapter aux accélérations que tu lui fais subir. Rien d'autre. Donc pas de masochisme inutile - qui te laissera un souvenir pénible, et qui t'incitera sournoisement à limiter le nombre de tes séances de fractionné. J'en vois qui se retournent...

Tu peux aussi moduler ton fractionné. Je ne parle pas de demies séances fond / fractionné. De toute manière, tu es forcé de panacher : tu t'échauffes par une petite course tranquille d'un quart d'heure. Et tu termines de la même manière. Non, quand je parle de moduler le fractionné, je veux dire que tu peux ne pas être complètement à fond. Tu dois quand même être nettement plus rapide que si tu fais une course homogène à vitesse à peu près constante. Mais tu feras des pauses avec repos complet. Ce qui te permettra de faire les longueurs qui peuvent t'intéresser. Pour moi par exemple, je ne peux pas faire 100 mètres nage libre à fond (je suis épuisé au bout de 50 mètres). Mais je peux faire 100 mètres presque à fond. Et ça, c'est justement ce que vise : améliorer un peu mon temps sur cette distance.

Moi, j'adore le fractionné. Parce qu'en plus, on a droit à un petit bonus. Quand tu fais du fractionné, tu montes plus vite en endorphines. Et pendant les périodes de récupération, là, tu peux vraiment en profiter, c'est le shoot total. Alors que tu en profites moins quand tu cours à vitesse constante.

Le fractionné, c'est bon pour tout le monde sans exception. C'est bon (et même spectaculaire) pour les mauvais - dont je fais partie. Et c'est tout sauf un supplice. A condition de ne pas se rendre esclave de martingales trouvées sur le net ou dans des journaux spécialisés. Il faut simplement adapter l'effort pour se sentir parfaitement à l'aise dans cette forme d'entraînement - tout en restant efficace pour bien muscler son cœur.

Bref, il faut penser un peu tout seul. Mais je sais que tu sais faire...

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ps : pas sur ce sujet précis, mais plus général, un excellent livre : "Mythes et réalités sur la course à pied" par Lussier et Toussaint. Pour une fois, ce ne sont pas des sportifs idiots qui se jettent sur toutes les modes, mais des gens qui ont un regard scientifique. Ah oui, aussi : très facile et agréable à lire.

Legion : une série qui est tout sauf romaine et militaire


La bonne fée... (qu'on a déjà vue dans la saison 2 de Fargo)

Je viens de finir la première saison de Legion. Une série différente des autres. Comment la définir… une BELLE série ONIRIQUE. C'est très agréable à regarder, c'est surprenant, c'est sympa.

Avec une seule histoire qui parcourt l'histoire du premier au huitième épisode et qui lui donne sa cohérence… si tant est qu'il puisse y avoir de la cohérence dans un délire. Le fil existe - plus que dans Lost, une autre série très onirique, mais il est très simple - si ténu que le pitch tiendrait en une phrase.

De ce point de vue, rien que de très bateau, au moins on ne risque pas la migraine.

Les personnages sont taillés comme dans une bande dessinée, mais on n'en veut pas plus - ce sont des types et des archétypes et ça suffit pour notre plaisir. D'autant qu'ils sont bien joués.

Folie ou super-pouvoirs ? Pendant longtemps, on se demande si le héros est réellement psychotique, et si ce n'est pas un voyage au centre des délires d'un paraphrène intelligent et très "productif" - ce qui serait plausible, même pour un psychiatre. Hypothèse qui reste valable jusqu'à la fin de la saison, bien que les critiques prennent unanimement le parti opposé.

Alors on oscille… mais ce qu'on pense comprendre sans être certain, c'est tout ce qu'il y a à comprendre, ce n'est pas grand-chose - et c'est assez.

Il n'y a plus qu'à regarder les images. Un conte sombre et vaguement fantastique auquel ne manquent ni la bonne fée (blonde) ni la sorcière (brune). Avec des décors parfois très kitsch, toujours élégants.

Moi, j'ai aimé - alors que les trucs paranormaux, ce n'est pas vraiment mon style. Mais j'imagine que ça peut carrément irriter : c'est imaginatif, bien fait, mais le coup du petit groupe qui vit ensemble dans une jolie maison étrange, isolée près d'un lac, la bande composée d'un scientifique, d'un homme d'action, de l'asiate de service, du psychic etc., seuls et unis autour du héros contre les méchants soldats noirs sans visages de l'ordre établi, ça ne te dit rien ? C'est quand même assez ado...

Alors essaye le premier épisode, tu verras bien si cela te plaît. Mais surtout, ne prend pas en route : tu pourrais t'imaginer que tu n'as rien compris... alors qu'il n'y a rien à comprendre !


Sorcière ou bonne copine ? Ici, le doute n'est pas permis. Mais c'est peut-être une possession spirite ?