vendredi 17 juin 2016

Une série de séries



Le Caire, quelque part dans le centre

J'aurais voulu te parler longuement des séries que je regarde actuellement. Chacune mériterait des pages d'analyse, et souvent, des louanges. Mais bon, si j'en faisais des tartines, ce serait lassant. Déjà que...

J'ai vu les six épisodes de Hit and Miss. C'est l'histoire d'un transsexuel, en l'occurrence un homme qui fait tout pour apparaître comme une femme. Il ne lui reste plus qu'à subir la dernière intervention, et c'est dans ses projets.  Il se retrouve dans la position de jouer un rôle de chef de famille dans des conditions compliquées. Bonne série anglaise, avec un accent banlieue de Manchester à couper au couteau, de beaux décors et du réalisme. Il y a quand même des faiblesses. L'un des moteurs de l'histoire, c'est que ce travesti est tueur à gages. D'abord hautement improbable. Ensuite, un peu facile comme manière de stimuler l'intérêt. Mais la série se laisse regarder, il y a suffisamment de suspens – et d'intérêt pour le transsexuel dont on découvre les problèmes quotidiens – je confesse aussi mon voyeurisme. Dommage qu'il n'y ait pas eu de seconde saison – il y a seulement six épisodes, et on reste en suspens.

J'ai continué Damages (les saisons 2 et 3), dont j'ai déjà parlé. Toujours ce même niveau de complexité dans l'intrigue entre ces deux juristes qui s'affrontent et s'attirent, la jeune inexpérimentée, avec son air de madone éplorée, mais qui apprend vite, et l'ancienne, retorse – que j'ai presque l'impression de connaître. C'est vraiment fort.

J'ai aussi picoré des épisodes de Futurama, un dessin animé de Matt Groening, l'auteur des Simpson. J'estime Futurama supérieur aux Simpson, à cause de l'humour au second degré (le robot est hilarant et il n'y a pas que lui), de l'imagination et du cynisme débridés. Je trouve aussi le graphisme très agréable. Mais honneur aux Simpson, qui restent un must et furent remarquables par leur critique acerbe de la société américaine... il y a déjà déjà vingt-sept ans !

Je me suis rué sur l'intermède avant nouvelle saison de Sherlock (épisode 00 de la saison 4). Quand j'avais onze ans, je lisais comme toi les nouvelles de Conan Doyle, et j'étais transporté d'excitation. La magie de ces livres se retrouve dans la série. Je suis tout autant médusé, enthousiasmé, amusé par Benedict Cumberbatch, magnifique gueule d'anglais. Il incarne une version sans doute plus jeune du Sherlock que Conan Doyle avait en tête - mais d'autant plus incisive. C'est à mon sens un véritable prolongement de l’œuvre écrite. La caméra intelligente sait utiliser avec pertinence les trucages modernes pour retendre les excellentes ficelles des années 1900. Du grand guignol qui ne prend pas la tête, très jubilatoire et drôle. Même si cet épisode 00 précisément est loin d'être le meilleur, il se laisse regarder.

Black Mirror est un petit ensemble de films télévisés dont le point commun est l’immixtion des nouvelles technologies dans la vie. Il n'y a pas de lien entre chacun des films. C'est un travail anglais, fait avec subtilité, précision et intelligence, sans pathos, et c'est remarquable. En parle-t-on assez ?

Blue Mountain State est une série (sans suivi d'un épisode à l'autre) qui raconte les aventures farfelues de deux étudiants dont la vie est centrée sur celle de leur équipe (universitaire) de football américain. Les fantasmes des ados attardés outre-atlantique, ça picole, fume, baise, fait des grosses conneries autant que ça peut. Sans doute instructif sur ce qui constitue la mythologie mentale d'une (bonne ?) partie des États-Unis. On y trouve une forme de morale que porte le héros, morale ambigüe, moderne, qui permet de ne pas jeter cette série aux orties. A regarder quand on est très fatigué. Mais on peut aussi zapper.

House of lies est l'histoire d'un conseil en communication cynique, divorcé et doté d'un jeune fils à tendance gay. Il travaille avec un petit groupe ou l'on trouve une jolie fille pleine de bon sens, un déconneur et un premier de classe. Ça interagit. Que du très classique et banal. A peu de chose près le même schéma que l'équipe de N.C.I.S, si tu t'en souviens. Ce n'est pas nul, mais il faut avoir épuisé toutes les bonnes séries avant d'envisager de se rabattre sur celle-ci, que je trouve un peu trop américaine. J'oubliais un élément non négligeable de la série, le héros est black et fait la nique aux nombreux White Anglo-Saxon Protestants qui sont légion dans le monde de la finance et du business. Pourquoi pas.

A ne pas confondre avec House of cards, qui vaut le coup d’œil, si on est d'un tempérament imperméable, solide et positif. C'est l'histoire d'un couple. Lui est un vieux renard de la politique, très proche du pouvoir, il ambitionne de devenir président des Etats-Unis. Elle grenouille dans le milieu des ONG, plus proche de Kouchner que de l'abbé Pierre. Ils sont tous les deux terriblement antipathiques… Très bien fabriqué, très bien joué. Sinistrement magnifique et totalement déprimant.

Je voudrais terminer cette revue rapide de mes dernières soirées par un chef-d'œuvre : Twin Peaks. C'est une très vieille série (1990). Elle a été co-réalisée par David Lynch – excusez du peu ! Elle date, tant dans les costumes, les « gueules « , les décors, que dans un indéfinissable quelque chose qui pourrait évoquer Dallas ou Dynasty (dont je n'ai jamais vu que quelques morceaux d'épisodes). Elle est visuellement démodée, mais ce n'est pas gênant.

C'est l'histoire d'une enquête dans une ville (fictive) de trente mille habitants située dans les décors montagneux de l'état de Washington, frontalier avec le Canada. Enquête sur le meurtre d'une jeune fille de bonne famille, mais aux mœurs assez sulfureuses. Tout est parfait : le fédéral un peu déjanté (avec un excellent acteur au menton en galoche qui jouera ensuite un sombre rôle de méchant dans Desperate Housewives), les divers personnages qui ne sont pas dénués d'épaisseur psychologique, l'intrigue, l'humour mélangé avec art avec le drame. Sans oublier la musique sucrée – trop sucrée – mais entêtante, indispensable, à la limite du malaise. La vie de la petite ville est recrée dans sa complexité, avec ses liens et ses liaisons. On se sent bien en Amérique... La première saison et la seconde, jusqu'à l'épisode 12, sont excellentes.  L'intrigue se dénoue à peu près à ce moment. Après, il se produit quelque chose de bizarre. De nouveaux personnages arrivent, des complications inutiles. Il n'y a plus de tension. Les passages censés être comiques ne le sont pas. C'est la débandade. Dommage, tout le début est excellent. 

Tu vas finir par pense que je suis trop bon public. Le prochain billet consacré aux séries, je parle de toutes celles qui m'ont gavées et que je n'ai pas eu le courage de terminer, ok ?


Pluton, quelque part à la périphérie (oui, je sais, cette photo n'est pas de moi)