jeudi 24 novembre 2016

Nous aurions les psychiatres les plus bêtes du monde ?

Foire aux serpents en Indonésie        
- Il vous va très bien au teint...            
- Mais auriez-vous le modèle à pois...?
Est-ce celui qui paye qui décide ?

Posée ainsi, la réponse semble simple. A partir du moment où on paye, on fait ce qu'on veut, du moment qu'on ne brise pas de tabou moral et qu'on enfreint pas la loi. Le client est roi.

J'ai reçu hier une invitation à me joindre à un mouvement de protestation émanant d'un groupe de médecins. Protestant contre quoi ? Contre un texte de loi visant à encadrer certains soins aux autistes dispensés dans le secteur public et ailleurs.

C'est l'État qui paye. En théorie, il devrait avoir le droit d'imposer ce qu'il veut.

Le problème, c'est qu'il s'agit de soins. L'État est-il à même de juger de la pertinence d'un certain type de soins ? Est-il compétent ?

La pétition a été lancée il y a quelques jours, mais le problème date déjà. Un document émanant de l'État interdisait il y a déjà presque dix ans les techniques de packing et dérivés pour les schizophrènes. Le packing consistant à envelopper le malade de linges froids et humides. Peut-on vraiment parler de "technique" ? La plupart du temps, il suffit de s'occuper d'un patient, de toucher son corps pour qu'il se sente mieux - provisoirement. L'influence sur la maladie elle-même est très indirecte si elle existe. Mais du fait d'une mystique simplifiante du fonctionnement du corps, beaucoup de soignants y croient - et le fait même de cette croyance peut aussi améliorer l'état du patient. Soigner le moral des soignants fait partie de l'arsenal thérapeutique, surtout quand la maladie du patient est chronique et rebelle. Pourtant, le packing est dénoncé comme nocif par certaines associations de parents d'autistes. A mon avis, appliqué correctement, il n'est pas plus nocif qu'efficace...

On ne confondra pas la camisole de force et le packing, même si ces parents d'autistes rapprochent les deux.
(photo volée à Muriel Bonneville)

Toujours est-il qu'à l'époque de cette première interdiction, personne n'avait bougé à ma connaissance. Il y a trois ou quatre ans, l'État donnait encore des directives de soins relatives aux autistes, s'abritant derrière des textes publiés sur sa demande par des experts [en l'occurrence, ceux désignés par la Haute Autorité de Santé que je ne porte pas dans mon cœur, notamment du fait qu'elle est coupable de maltraitance aggravée sur la langue française].

Je n'ai pas de doute : les experts ont tranché dans le sens de la modernité et de l'intérêt du patient. L'État a raison de considérer les soins qu'il veut proscrire comme de l'argent foutu en l'air. Il y a en outre des histoires de conformité européenne, de maltraitance, et peut-être aussi de lobby - c'est plus compliqué qu'il n'y parait.

Bref, avec le projet de loi, les recommandations faites aux médecins deviendraient des obligations.

Il s'agit donc de dire aux psychiatres comment ils doivent soigner… De là à ce qu'un administratif se penche sur l'épaule du toubib que tu as appelé de ton lit de souffrance, et lui susurre : "fais-lui ceci, fais-lui cela…"

Il faut dire qu'on avait en France les psychiatres les plus bêtes du monde. Pas tous, loin de là. Mais un pourcentage inquiétant. La faute en est à la psychanalyse, dont beaucoup se sont entichés comme d'une religion.

Est-ce l'histoire ancienne de la discipline psychiatrique qui nous aurait mené à cette impasse ? La formation des psychiatres qui aurait été mauvaise ? Est-ce un reliquat de mai 68 qui nous a fait dérailler ?

Rien dans l'histoire de la psychiatrie française n'incite à penser qu'elle est responsable. Au contraire, nous avons une belle tradition qui s'inscrit, avec l'école allemande, dans la rigueur scientifique.

Quant à Mai 68, on y encourageait la contestation, excellente modalité de l'esprit critique, quand elle s'applique sans excès. Pourtant, il me semble que cette mini-révolution est un peu coupable, car on y prônait le dérèglement sauvage et l'on prenait souvent ses rêves pour des réalités : sous les pavés, la plage...

La formation des psychiatres n'est qu'une conséquence de 68 et du sectarisme intellectuel qui a fait régner une forme de terreur intellectuelle pendant une bonne trentaine d'années, avec ses gourous et ses chapelles, terreur et ridicules qu'a bien dénoncés Michel Onfray.

Le résultat, c'est qu'en certains endroits, on a pratiqué une psychiatrie fumeuse jusqu'à ces dernières années. Il faut dire que la discipline s'y prêtait, mais ce n'est pas une excuse pour perdre de vue tout réalisme scientifique, tout pragmatisme financier. Pas une raison pour que certains psychiatres incriminent les parents d'enfants malades, les culpabilisent au nom d'une théorie incertaine - les pauvres, déjà effondrés d'avoir un enfant dans la souffrance. Oui, ce qu'ils ont fait, c'est vraiment salaud - ces psychiatres-là sont de belles ordures.

Le réalisme prévalent dans d'autres pays européens voisins n'a jamais été invité chez nous. Les anglais - certes excessifs dans leur santé thatchériste - étaient montrés du doigt. Les allemands - quoi, ça existe, les allemands ? On ne pouvait pas parler avec les russes - on confondait allègrement ceux qui avaient travaillé dans les "jolti dom", les services d'internement régis par le ministère de l'intérieur, avec ceux qui n'avaient connus que les honnêtes établissements du ministère de la santé. Drapé dans son éthique, le psychiatre psychanalyste français de base savait mieux que les autres.

"- Restez où vous êtes et donnez-moi votre appareil photo !"

Quant aux américains… on peut - on doit ! - critiquer leur politique médico-sociale. Il était urgent de faire quelque chose, Obama l'a fait. Même Trump, sitôt élu, a reconnu qu'il ne démantèlera pas (totalement) l'Obama care. Mais pour les psychiatres français, les USA sont depuis longtemps le Satan de la psychiatrie, le lieu de naissance de classifications élaborées par des médecins corrompus inféodés aux laboratoires pour l'enrichissement exclusif des milliardaires. De ce fait, en France, certains enfants souffrant de pathologies psychiatriques n'ont pas bénéficié de traitements pourtant reconnus, peu couteux, avec peu d'effets secondaires, et efficaces si bien indiqués. Par dogmatisme. Au nom des préjugés.

La seule doctrine était la doctrine freudienne, dont on sait maintenant qu'elle n'a de véritable intérêt que pour l'histoire et l'évolution des idées. En 1905 Einstein publiait la relativité restreinte, Freud la science des rêves. Il suffit de comparer leur postérité, on aura une idée sur leurs valeurs heuristiques respectives.

Alors tu comprends que l'État soit tenté d'intervenir. Que ferais-tu à ma place. Tu ne signerais pas la pétition ? Tu laisserais les psychiatres se débrouiller ? Avec le risque que cet empiètement de l'État déborde dans d'autres domaines ?

Mais peut-être es-tu de ces français qui sont lassés de l'interventionnisme de l'État ? D'ailleurs, est-ce son rôle de se substituer à ceux qui sont censés détenir le savoir, être spécialistes ? Est-ce qu'il n'aurait pas d'autres moyens plus subtils d'agir ? Est-ce qu'on n'ouvre pas une porte à une forme de dirigisme sournois - celui du Meilleur des Mondes (auquel je ne consacre pas moins de six posts !)

Il est vrai que les français n'en sont plus là, eux qui mangent cinq légumes par jour et apprennent tous les jours - comme dans le petit livre rouge - qu'un verre ça va... Beaucoup de gens m'ont dit que j'exagérais - que ce n'était qu'une question d'habitude.

Je ne suis pourtant pas le premier. Un jour qu'on lui demandait son avis sur un texte touchant à la vie quotidienne des français, Pompidou aurait répondu : "Mais foutez-leur donc la paix !"

François Fillon, notre prochain président (?) a promis que sa politique serait un désengagement de l'État pour tout ce qui n'est pas régalien, afin de le recentrer sur ses priorités et ses urgences - l'éducation, la justice, la sécurité intérieure et extérieure. Il promet qu'il va nous lâcher les baskets ! Allez, je laisse tomber la pétition  - je sais pour qui et pour quoi je vais voter !

La Défense... de nous casser les pieds !