vendredi 29 décembre 2017

Philippe Muray et le point d'exclamation


En politique, l'indignation est devenue un fromage...

On m'a gentiment prêté un livre d'un auteur que j'ignorais jusqu'à présent : Patrick Muray. Le livre s'appelle "L'empire du bien". Il dénonce avec un peu de retard ce que Marcel Aymé (et bien d'autres) ont dénoncé il y a plus de cinquante ans - une forme de bienpensance et de béniouiouisme.

Soyons positif : il n'est jamais trop tard pour bien faire.

J'avoue n'avoir lu qu'un tiers du livre. Assez vite, j'ai trouvé plus drôle de compter les points d'exclamations. Dieu merci, il y a des outils qui permettent de le faire sans fatigue. Eh bien je vais te dire, il y en a beaucoup.

Si tu écris un roman d'aventure avec du suspens, ou un roman policier avec des découvertes macabres, ou un roman d'horreur… avec de l'horreur, je comprendrais que tu utilises - sans abuser quand même - ces "i" renversés qui sont comme le cri de maman quand elle voyait une petite souris traverser la cuisine :

"iiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!"

Mais si tu essayes de démontrer quelque chose… pas sûr.

Pour vérifier, j'ai pris l'excellente "Algèbre linéaire" d'Eva Fluckiger, un livre que je te recommande, et j'ai fait le même test. Tu me croiras si tu veux, mais j'ai compté trois points d'exclamation en tout sur cent-soixante pages. Qui suivent tous d'aimables "Attention" destinés à éviter au lecteur distrait de tomber dans l'erreur. Pourtant, je peux te dire qu'Eva, pour ce qui est de démontrer et de vouloir convaincre, elle mouille la chemise…

Ben oui : Philippe Muray s'est trompé de genre. Il aurait bien mieux fait d'écrire des romans d'épouvante ! (et là, j'avais le droit ?)

ps : plus sérieusement, Muray était un grand admirateur de L.F. Celine et a voulu le copier - sans doute involontairement ; les exclamations qui ponctuent la course effrénée de Ferdinand dans le "Voyage" ou dans "Mort à crédit" correspondent à un style épique - et sont ici parfaits ; mais un style épique pour un essai socio-politique, cherchez l'erreur...

Shingeki no Kyojin ou l'attaque des titans : après avoir terminé la première saison.


Dommage, tu ne peux pas lire les noms, mais tu vois qu'il a vraiment beaucoup de personnages - de quoi se perdre.

Je me dois de corriger l'impression plus que dubitative que j'ai laissée sur cette série dans mon précédent post.

Shigen non kyojin est une bonne série d'animation. Une série de guerre qui en embrasse divers aspects : non seulement les faits d'armes et les défaites, mais aussi les planqués, les civils.

C'est aussi une série fantastique, avec une bonne cohésion entre le normal et le paranormal qui se résume à un seul fait - l'apparition des titans sur terre.

C'est enfin, en théorie, une série d'anticipation, mais le seul gadget réellement futuriste (et d'ailleurs très improbable), c'est le mode de déplacement des soldats en formation de combat. Le reste se rattache plutôt au passé - par exemple il n'y a pas de voitures.

Certainement moins censurée que j'ai pu le dire dans mon premier post. Par moment, ça peut être franchement gore.

Je me suis habitué à la médiocrité de l'animation en général, et aux codes particuliers à l'animation japonaise (les yeux qui cillent, les larmes qui coulent…) De même, le graphisme qui me semblait vraiment bof, je ne dirai pas que je le trouve gracieux, il est souvent kitsch, mais agréable malgré tout. La bande son est parfois recherchée.

C'est une série épique, avec ce que cela suppose de phrases et déclarations solennelles. Mais elle est complexe. D'abord, elle n'est pas centrée sur les deux personnages du début, il y a une grosse douzaine de personnages qui ont du relief. Ensuite, il y a beaucoup d'inattendu (et ce n'est pas dû à une incohérence du caractère des personnages). Certes, c'est souvent caricatural pour nos yeux occidentaux. Mais les dialogues peuvent être très subtils. Et comme toujours, quand il y a de jeunes soldats morts, c'est émouvant.

Une grosse part est accordée à la voix intérieure des personnages, à leurs doutes. C'est parfois lourdingue, mais ça donne un véritable sens à cette histoire : une méditation sur le courage, la mort, l'intérêt personnel vs la communauté. Certes ce n'est pas de la dentelle psychologique - pour autant c'est tout sauf nul. On y trouve de l'ironie. De l'humour, je ne sais pas, je n'ai peut-être pas compris.

D'ailleurs, beaucoup de détails surprenants montrent notre décalage avec les mentalités japonaises. Ce qui constitue une bonne partie de l'intérêt de la série pour moi : c'est nouveau.

Je m'attendais à du sexisme - après l'une des premières scènes où papa fume la pipe et maman fait la vaisselle. De ce côté, j'ai été plutôt agréablement surpris (mais je n'ai pas la sensibilité de certaines sur le sujet). Les hommes pleurent plus que les femmes…

La structure de la série est intéressante, avec des flashbacks assez nombreux, sans être gênants. Surtout, ce qui est bon, c'est qu'il y a une cohérence globale, au contraire d'un grand nombre de séries "à l'épisode". On ne sait pas où on va, mais on y va. Même si c'est parfois tordu.

Bref, une anime surprenante, très correcte au niveau du scénario, cohérente, intelligente… et intéressante si on adhère au thème warriors - et aussi par curiosité.

Par terre à gauche, une jambe coupée, à droite en l'air, un bras qui tombe : ils font des pieds et des mains pour compenser l'absence de membre entre les cuisses...


mercredi 27 décembre 2017

Tous mes voeux pour cette nouvelle année 2118


L'image qui se trouvait (et que j'ai mise en fin de post) a été censurée par Facebook. Je pense que celle-ci passera.

Il y a encore en France une moitié d'électeurs qui marchent non pas à côté de leurs pompes, mais derrière leurs pompes. Ils marchent en reculant - le moon walk. Ceux qui ne veulent pas de l'Europe. Bien sûr, ils peuvent toujours expliquer qu'ils ne veulent pas de cette Europe, celle qui existe maintenant. Et c'est juste, cette Europe construite trop vite, avant tout économique, prête le flanc à la critique. Dommage.

Car l'avenir, justement, c'est forcément l'Europe. L'Europe comme transition vers un gouvernement mondial. Not an option ! Le résultat attendu des progrès technologiques, communication matérielle ou virtuelle. En 1066, Le Mans était une ville indépendante et autonome au milieu de la France. Aujourd'hui, inenvisageable. Parce qu'il y a trop de liens entre Le Mans et le reste du pays. Liens économiques, solidarités obligatoires, circulation des personnes et des idées. Tu me suis ?

Alors imagine…

Un gouvernement qui édictera des règles universelles. Il n'y aura plus de disparités entre la réglementation du droit du travail en Chine, en Pologne et en France.

Il n'y aura plus de parité des monnaies ni de spéculations sur leurs cours. Les uns ne vivront plus à crédit sur les autres en faisant tourner la planche à billet d'une monnaie forte (et verte).

Il n'y aura plus de pays de non-droit.

Il n'y aura plus d'accord d'extradition, car la loi pénale serait la même partout.

Il n'y aura plus de multinationales qui joueront sur des fiscalités différentes, car le fisc sera universel (ça fait quand même un peu peur, quand je vois ça écrit noir sur blanc).

Il n'y aura plus d'armées pour porter la guerre hors des frontières car il n'y aura pas de frontières. Et la science ne sera plus détournée vers des fins belliqueuses. Il n'y aura plus d'espions qui viennent du froid. Les fondamentalistes criminels ? Poursuivis partout. Car il sera illégal de vouloir prendre le pouvoir.

Le gouvernement pourra enfin mettre au pas les paradis fiscaux et s'enrichir légitimement de cet argent noir.

Il y aura moins de misère car le monde sera solidaire du monde. On ne pourra pas faire travailler les enfants. Le travail pourra être rare, pas très bien payé, pénible ou carrément chiant, il sera rémunéré décemment.

Il n'y aura plus de pays qui ferment les yeux sur leur production de drogue, car il n'y aura plus de pays. Ce qui n'empêchera pas qu'il y ait toujours de la drogue, car chacun est libre du moment qu'il est informé et assume ses responsabilités.

Il y aura plus de liberté de circuler, mais moins d'immigration, car les différentiels entre les nations se combleront : les systèmes sociaux seront identiques.

Le réchauffement de la planète ne dépendra plus des intérêts égoïstes des nations.

Le monde sera organisé. Ce ne sera plus un ramassis d'intérêts de groupes plus forts que les États. Cette demi-ploutocratie anonyme. Le monde sera un ensemble cohérent. Le bordel nécessaire du monde sera cohérent.

Ce ne sera pas pour autant un endroit uniformisé. La diversité des cultures et des langues sera maintenue - ou ce qu'il en reste. Les multinationales ne pourront pas détruire aussi facilement qu'aujourd'hui les spécificités locales sous prétexte de créations d'emplois, d'enrichissements locaux, ou sous couvert d'une modernité en toc.

Chacun pourra entreprendre, réussir. L'initiative sera toujours récompensée. Il y aura forcément des inégalités. La liberté sera préservée. Le système ne tombera pas pour autant dans les vieilles lunes du communisme. Mais il y aura une solidarité : un humanisme donnant leur dignité à tous les hommes. Et la fraternité ? Désolé, je ne suis pas le frère de tout le monde. Et je n'essaye pas de te vendre du rêve.

Mais le gouvernement mondial éliminera beaucoup d'obstacles qui pourrissent la vie de l'humanité. Si on regarde bien, la plupart des problèmes actuels proviennent des frontières, des différentiels entre les pays, de leur concurrence, de leurs régimes politiques délirants ou de leur nationalisme myope, des conduites de prestance de leurs dirigeants.

Curious George

Est-ce que tu as bien pris conscience du changement opéré durant ces trente dernières années ? La question n'est plus de savoir quelle forme de gouvernement on souhaite. On s'accorde assez largement sur l'idée d'une démocratie libérale et d'un contrôle des excès du capitalisme. Les idéologies sont aux oubliettes. Le problème, c'est l'absence d'efficacité des gouvernements. Liés à la foi aux exigences de leur électorat et aux pressions économiques étrangères. Tout le monde se paralyse mutuellement. Comme plusieurs personnes qui se bousculent pour passer une porte en même temps, alors qu'il suffirait d'un minimum d'organisation. Il faut quelqu'un qui ait la big picture.

La forme elle-même de ce gouvernement mondial ? Ni une internationale communiste, ni une multinationale capitaliste. Une démocratie, forcément. Un corps législatif unique. Sans doute des exécutifs dispersés dans diverses régions du monde.

Pas la peine de hausser les épaules, de me dire que je rêve et que tu seras mort depuis bien longtemps... Qui aurait imaginé les États Unis d'Amérique quand les pèlerins du Mayflower ont abordé Cape Cod ? Justement, il faut commencer maintenant à y penser car c'est un travail de longue haleine.

Les scientifiques nous ont montré l'exemple. Pendant les dernières guerres, ils ont réussi à maintenir des collaborations internationales. C'était loin d'être simple. Mais eux, ils ont déjà compris.

Le gouvernement mondial, ce n'est pas pour tout de suite. Et ça ne garantira pas le bonheur. Il y aura toujours des chagrins d'amour, des parents, des enfants et des amis qui mourront. Des maladies, des cataclysmes. Mais on vivra mieux.

Alors ne marche plus derrière tes pompes et arrête ton moon walk - c'est joli, mais ça finit par être agaçant !

Le monde est divisé. C'est la raison pour laquelle certains sont dans la m...

lundi 25 décembre 2017

On m'a dit que le père Noël s'était tué dans un accident de la route...


...enfin tué - pour l'instant, il est en réa procto. Avec le renne.

Quand j'étais petit, on m'a dit que le père Noël existait. Difficile de faire son chemin dans un monde où on applaudissait mes progrès en logique, et on me demandait en même temps de croire à des trucs improbables. Mais j'étais un bon garçon, et j'ai construit autour du père Noël un ensemble de rationalisations pour défendre le mythe contre toute attaque. Les pères Noël qu'on voyait dans les magasins ? Pas le vrai, bien sûr, des ersatz pour faire marcher le commerce. Les rennes qui voyagent dans le ciel ? Les anges le font, pourquoi pas les rennes. Les moyens par lesquels les parents savent toutes ces choses ? Ils sont omniscients, c'est bien connu.

Croire au père Noël ? Ce n'était pas tellement différent de croire au Bon Dieu et à tous ses saints. La résurrection ? Normal, Jésus = Dieu, Dieu := tout puissant. Et comme l'opération est transitive, normal qu'il se relève d'entre les morts. Mais quand même, quel gâchis ! Boire du vinaigre mêlé de fiel de foie de bœuf, c'est dégueulasse, les clous dans les mains, ça doit faire vachement mal, tout ça pour montrer qu'en fin de compte, on est le plus fort ? Pas trop logique, tout ça…

Mais bon, les adultes exercent une pression morale d'autant plus asphyxiante qu'elle est douce. On me demandait de croire en Jésus, au père Noël, je n'allais pas faire de salades puisqu'on me promettait le paradis et un train électrique. Même si un jour j'avais demandé pourquoi on ne faisait pas de feu dans la cheminée du salon et qu'on m'avait répondu qu'elle avait été cimentée :

- Mais il fait comment pour passer, le père Noël ?
Silence gêné de la famille.
Alors pourquoi moins croire au père Noël qu'à Dieu et sa smala ?

La mère d'un de mes amis faisait ses débuts de dame catéchèse. Une dame d'une famille connue de la ville, très élégante avec son joli foulard et son parfum délicat qui me chatouillait les narines quand elle se penchait vers moi. J'ai commencé à lui poser des questions pour savoir comment ça s'organisait, le ciel qu'on avait au dessus de la tête et le bordel de Dieu et de son paradis, avec les fusées qui allaient très haut, au dessus des nuages - et pourtant le Ciel était dans les nuages... Et comment on pouvait savoir ?

J'ai le souvenir précis de son embarras. Elle souriait comme sourient les adultes aux enfants quand ils sont gênés. Tu as remarqué ? Ils ont tous la même tête. Elle s'était tournée vers une maman plus chevronnée, elle lui avait quelque chose comme : "je ne savais pas que ce serait compliqué comme ça…" mais l'autre l'avait encouragée, elle lui avait dit d'y aller et que nous étions des bons enfants - que nous n'étions que des enfants et que nous devions accepter de ne pas tout comprendre…

J'ai compris que j'avais fait un pas de clerc. J'ai pris l'air béat en écoutant les sornettes qu'elle me bredouillait péniblement, je l'ai encouragée… vas-y, j'ai décidé de te croire, c'est à moi d'organiser ma tête, c'est comme ça, si c'est comme vous le dites, ça ne fait pas de doute, venant d'une dame bien et qui sent si bon…

Alors elle hochait la tête : il y a des choses qu'un enfant de ton âge ne peut pas comprendre…
Et moi aussi je hochais la tête d'un air grave. Et elle n'en finissait plus de me faire des sourires et de me demander des confirmations, tu as compris ? ça va ?... pour que je la rassure.

Un jour, j'avais huit ans bien passés, ma mère m'a pris à part. Elle avait son air gentil - son air de rien, celui qu'elle prenait pour m'annoncer des trucs qu'elle voulait que je gobe direct car elle ne pourrait pas s'en démerder si je commençais à poser des questions. Des trucs où elle se sentait un peu coupable.

Elle m'a annoncé que non, le barbu en rouge n'existait pas. J'ai aussitôt demandé si le barbu en blanc existait quand même. Elle s'est récriée que bien sûr, ce n'était pas du tout la même chose. Difficile à comprendre. A la limite, j'aurais tellement préféré l'inverse ! J'ai senti les larmes me brûler les yeux et je suis vite retourné dans ma chambre me cacher. Surtout pas le moment de montrer qu'on est encore un bébé...

Ce serait facile de dire que j'en voulais à ma mère de m'avoir menti. Non, je ne lui en voulais pas. Ou plutôt, c'était tellement dérisoire comparé à ce monde qui s'effondrait. Je pourrais dire que cette mystification avait quelque chose d'irrespectueux - même si elle était faite avec de bonnes intentions. Non. Il y avait juste cette part de rêve que j'avais construite - bien forcé - et qu'elle démolissait. Pour quoi ? Qu'est-ce qu'il y a de si extraordinaire à être adulte ?

Je ne peux pas dire non plus que ce père Noël n'ait jamais été positif. Cette belle légende faisait battre mon cœur le vingt-quatre décembre au soir, au moment de me coucher. C'était si émouvant, je m'étais même dit une année que je me souviendrais toute ma vie de ce bonheur qui faisait éclater ma poitrine… Mais est-ce qu'il n'y avait pas moyen de placer ce conte dans les limbes pour en garder le délicieux parfum, sans exiger une véritable adhésion ?

Je sais bien, j'ai overreacted, (désolé, je n'ai pas trouvé surréagir dans le Robert). Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi. La plupart des enfants n'en font pas un drame.

Une amie me dit que je fais pareil avec mes histoires de monstres (par exemple Hadidan et Hadikro dont j'ai parlé récemment). Mais ce n'est pas du tout la même chose : avec les monstres et d'autres extravagances, j'organise un monde dont mes enfants connaissent parfaitement la nature imaginaire : c'est une fumisterie, et nous faisons semblant d'y croire. Nous jouons ensemble dans cette zone intermédiaire, et nous partageons une complicité. Il n'y a pas de dupe.

Alors le père Noël, pour ma fille ? Laisse-moi réfléchir.


dimanche 24 décembre 2017

Dis-moi quels programmes tu utilises et je te dirai qui tu es




Pas de doute, un ordinateur révèle (trahit ?) fidèlement la vie de son propriétaire, son mode de pensée, ses manies… et tout simplement, ses occupations et ses loisirs. Alors aujourd'hui, je suis saisi d'une fureur exhibitionniste et je vais me mettre à poil, je vais tout raconter ! Ou plutôt, je vais te dire tout ce qu'il y a dans ma bécane.

Pour une fois, je n'ai pas de problèmes avec Windows. Je l'ai installé il y a un an et demi, et je n'ai pas de ralentissement sensible. A noter que c'est Windows 7, un bon cru en termes de stabilité. En revanche, question sécurité et confidentialité, on ne peut accorder aucune confiance à Microsoft et aux agences américaines. Si j'étais plus jeune, je serais forcément sous Linux. Mais j'ai la flemme.

L'une des raisons de la stabilité de Windows, c'est que j'ai arrêté de "nettoyer" la base de registre, et mon pc en général. Manifestement la crasse conserve. C'est en tout cas ce que disent les concepteurs chez Microsoft : le risque de détériorer quelque chose en tripotant la base de registre ou en raclant les dossiers système est trop grand pour l'accélération hypothétique qu'on obtient en supprimant les quelques liens cassés et et vieilles dll qui s'y sont entassés. J'ai donc jeté tous les "nettoyeurs" que j'avais, à l'exception de CCleaner que j'utilise avec une infinie circonspection et très rarement. Je ne me sers même pas de sa fonction de recherche de doublons - Duplicate Cleaner Pro le fait beaucoup mieux. Toujours le même problème : tu as déjà vu un mécanicien réparer une voiture avec un couteau suisse ?

Autre facteur auquel j'attribue la bonne santé de mon PC, j'utilise Revo Uninstaller, un programme (payant, mais ça vaut le coup) qu'on doit lancer dès qu'on commence une installation d'un nouveau programme. Revo surveille et enregistre tout ce que fait l'installateur, et si on veut ensuite désinstaller, Revo fait une désinstallation propre, ce qui limite forcément l'encrassement de Windows.

Dans les utilitaires que j'installe aussitôt après avoir réinstallé Windows, il y a Clavier+. C'est un programme simple, robuste et très malin qui permet d'automatiser un grand nombre de tâches complexes ou répétitives, et de leur attribuer un raccourci clavier. Bien sûr, il faut être un adepte du raccourci pour apprécier - et un grand paresseux. Je m'en sers pour des actions tout venant. Par exemple pour écrire "o pris dans e" dans n'importe quel programme. Ou pour appeler les programmes dont je me sers le plus souvent. Pour appeler une commande de menu très rapidement. Mais aussi pour dans des programmes spécialisés. Par exemple dans mon logiciel de maths, un raccourci me permet d'insérer une fonction complexe, de placer la variable courante et de mettre le point d'insertion là où je dois coller un polynôme. J'ai une vingtaine de raccourcis de ce genre juste pour ce programme ! Clavier+ est vraiment indispensable.

Il y a aussi Ditto, qui permet d'enregistrer ses presse-papiers. Quand tu as plusieurs copier-coller à faire de suite, tu fais comment ? Dix allers et retours ? Non, tu utilises Ditto. C'est comme la poche de ton ordinateur : tu y mets tout ce dont tu va avoir besoin plus tard, et tu peux retrouver des trucs que tu y a mis il y a plusieurs jours, parfois. Comment pourrais-je vivre sans ? (mais pas besoin de prendre les dernières versions, elles sont moins bien)

Des calculettes, il y en a des tas, y compris des calculettes scientifiques de bonne tenue. Par exemple celle de Google, en ligne, est très correcte. Mais ce qui est important, c'est d'avoir une calculette "à ruban" qui garde la mémoire de tes opérations (et qui s'ouvre très vite sans prendre de place sur l'écran). Tu pourrais utiliser Excel, mais c'est lourd. Alors il y a CalcTape, très pratique qui me rappelle le comptable de mon grand-père avec son crayon sur l'oreille.

La question de l'agenda et du carnet d'adresse est compliquée. Se servir de son téléphone portable est une bonne solution si on l'a toujours sur soi. Il se trouve que je suis souvent plus proche de mon laptop que de mon portable. J'utilise depuis quinze ans un petit programme très léger, EssentialPIM, dans sa version gratuite qui est parfaite parce qu'il gère les "to-do", les choses à faire, beaucoup mieux que la plupart des autres programmes qui ne reportent pas correctement ces tâches.

Évidemment, j'ai des fichiers partout et j'oublie où je les mets. Pour les rechercher, j'utilise Everything qui est extraordinairement léger et rapide, ce qui est bien plus important que d'avoir des fonctions sophistiquées.

Pour la musique et la vidéo, j'utilise VLC, comme tout le monde, je ne crois pas qu'il y ait mieux.

J'ai remplacé l'éditeur de texte (.txt) ringard de Windows par Notepad++, très propre, avec d'ailleurs pas mal de fonctions si on veut faire de la programmation. Je m'en sers régulièrement pour examiner les fichiers bruts que je dois envoyer au Ministère pour les stats, et pour faire des corrections si nécessaire. Très bonnes fonctions de recherche, de remplacer, etc., très pratique.

Il t'est certainement arrivé d'avoir un fichier qui coince : tu veux l'envoyer à la poubelle, ou le déplacer, mais tu as un message qui te dit qu'il est "occupé". C'est parfois vrai pour de bonnes raisons, mais souvent, ce sont des liens résiduels sans intérêt. Il y a un petit programme qui est un trésor pour libérer ces attaches : Unlocker. Radical, et toujours sous la main (il se loge en menu contextuel).

Comme j'ai viré mes utilitaires de nettoyage, je suis obligé de gérer certaines fonctions de Windows avec des outils ad hoc. Pour être certain que je n'ai rien de trop au démarrage, j'utilise Starter : très simple, très efficace. Ça aussi, ça permet à Windows de ne pas être surchargé.

Pour les liens cassés entre programmes et documents, les programmes mal enregistrés par Windows, il y a une petit utilitaire très moche, mais de loin le plus efficace : Defaults Programs Editor. Vraiment puissant.

Pour ceux qui utilisent des lettres spéciales, des symboles, des accentuations, des flèches, on peut utiliser l'outil de Word. Mais en dehors de Word ? Personnellement, j'utilise une vieille version de Popchar, un programme qui existait sur Mac dès 1990 ! Je crois que c'est devenu un peu payant, mais c'est pratique… j'avoue, surtout pour les maths !

Pour gérer mes polices de caractère, j'utilise Font-Expert. Je ne sais plus s'il est gratuit ou s'il est devenu payant. Je trouve ce programme légèrement confus, mais efficace - il faut prendre un peu de temps pour le connaître. Mais bon, tout le monde n'est pas forcément un adorateur de fontes, ce que je suis depuis l'âge de dix-huit ans. On peut très bien se borner aux fontes standard de Windows.

Comme antivirus, j'utilise un logiciel qui fait aussi pare-feu. Je le trouve un peu rigide, avec une interface médiocre, mais j'ai l'impression qu'il fait son travail, il n'est pas trop parano et on peut lui apprendre. C'est Commodo, qui a l'avantage d'être gratuit. Et qui n'est pas Microsoft, donc pas suspect a priori  d'être une passoire à la botte de la CIA !


Contre les malwares, j'utilise le classique Malbyte anti Malware, mais je ne veux surtout pas de la version payante, qui se mêle de tout et qui m'emmerde. Il faut prendre la version gratuite qu'on utilise seulement quand on en a besoin.

Pour mes sauvegardes, je suppose que tu fais la différence entre sauvegarde de fichiers (tout ce qui est important pour toi, tes courriers, tes œuvres immortelles) et sauvegarde de disques systèmes (ce qui te permet de retrouver ton ordinateur à l'identique après un crash).

Pour la sauvegarde de fichiers, j'ai vraiment tout essayé. Je suis maintenant assez fidèle à un truc payant qui est assez robuste et précis, simple d'utilisation, SyncBack Pro. Maintenant, tu fais peut-être partie de ceux qui ne font pas de sauvegarde... (tu as senti la nuance de dédain ?)

Pour la sauvegarde de mes disques systèmes et les réinstallations, j'utilise un truc payant aussi, d'une interface qui n'est pas très intuitive, mais qui semble très fiable. Très vieille boîte et très sérieuse : Paragon. J'ai fait quelques restaure qui se sont très bien passés et qui vont relativement vite - avec ou sans clé USB.

Pour les PDF, c'est compliqué. Là encore, j'en ai beaucoup essayé. Je scinde en deux la fonction. Pour imprimer en PDF, j'utilise BullZip PDF Printer qui fonctionne très bien (payant). Et pour éditer, je suis content depuis plusieurs années d'un programme assez puissant qui permet de tout modifier, PDF-XChange (payant aussi - mais ça vaut le coup).

Pour les dicos, en anglais, j'utilise le Concise Oxford Dic. (attention, c'est anglais-anglais). Mais pour l'argot anglais et US, c'est sur le web : Urban dictionnary.

En Français, je suis fidèle au Robert, mais j'utilise une vieille version, les nouvelles versions se sont fourvoyées dans des présentations pseudo-web à la con. Donc avant 2013, c'est bon.

Mon navigateur est Firefox. La version qui vient de sortir semble vraiment plus rapide que l'ancienne. Mais là-dessus, tout le monde se dispute et je n'ai rien à dire.

Pour les mails, j'ai scindé. Je filtre en amont de mon ordinateur avec Mailwasher : efficace, il ne vire pas de mails importants en SPAM, et il évite les infections virales : on ouvre le courrier à la poste, pas chez soi. Et pour l'application sur l'ordinateur (j'ai vraiment besoin de tout conserver, c'est crucial - et en plus, j'ai une demie douzaine d'adresses mails qui datent de l'époque où je bossais dans divers endroits) : Thunderbird est correct et à peu près solide. Sauvegardes (et restaures) sans prise de tête.

J'ai récemment découvert un petit bijou pour gérer mes photos - bien mieux que ce pachyderme (maintenant gratuit) d'Adobe, Bridge, beaucoup plus léger qu'ACDSee et bien d'autres. C'est XnView, un programme très puissant et paramétrable avec une seule faiblesse, son module pour écrire.

Je décompacte tout avec 7z (et non avec le classique Winrar), gratuit et très rapide, pas compliqué du tout.

J'utilise Word et Excel 2007…, je n'aime pas la nouvelle interface avec des tas d'icones pour les illettrés. J'ai essayé des logiciels libres, mais à un moment, ça devient le bordel. C'est bon pour si on a des trucs simples à taper, des courriers, et pas trop de transformations de fichiers à faire vers d'autres formats.

Sinon, j'ai une chiée de petits programmes gratuits pour des petites fonctions :

- je mets mes dossiers sensibles (quelques photos sympa de mes ex que je ne me résous pas à jeter) au secret dans Veracrypt, incassable.

- j'ai un minuteur pour le thé, Hourglass ! Dommage qu'il soit long à charger. Mais je suis impressionné par sa simplicité : pas besoin de dire si tu parles en secondes, en minutes ou en heures, il lit dans tes pensées !

- j'ai un petit programme TRES pratique pour remettre à la bonne taille mes fenêtres automatiquement plutôt que de tout me taper à la main 10 fois par semaine : il s'appelle Sizer (et il est fait par un type très sympa). Mais ce genre de programme, c'est soit pour les obsessionnels, soit pour ceux qui travaillent en même temps sur plusieurs programmes et qui doivent avoir un fenêtrage propre sans passer du temps à redimensionner sans arrêt.

- j'ai même un truc pour tirer au sort, produire des numéros aléatoires, TheHat - mais une vieille version (la nouvelle est pourrie de pub et de bugs). Mon antivirus le déteste et je suis obligé d'intervenir régulièrement pour qu'il ne le mette pas en quarantaine !

- j'utilise Bulk renamer quand j'ai besoin de renommer plus de 3 fichiers, pas exemple mes photos pour qu'elles se mettent bien en ordre alphabétique - gratuit et puissant.

- quand je suis en déplacement et que mon internet est limité par des cartes, Networx mesure ma consommation quotidienne, hebdo, etc. et le fait très bien et gratuitement,

- de temps en temps, je regarde quels sont les 100 plus gros fichiers de mes disques avec top100files, ce qui est un peu con, je reconnais… mais parfois, je peux gagner deux ou trois gigas,

- j'ai quelquefois besoin de connaître les coordonnées de ma souris et j'ai ça avec Poscurs (j'ai même mesuré des angles sur l'écran avec un rapporteur virtuel, Screen Protractor, très bien fait, et optimisé le découpage de feuilles de contreplaqué avec un outil spécialisé nommé SmartCut - rigolo, non !)

- Icecream est le moins mauvais lecteur d'epub sous Windows,

- Hypersnap fait des copies d'écran parfaites depuis une vingtaine d'années, logiciel intelligent

- j'envisage à terme d'abandonner Skype, un peu trop gourmand et sans-gêne, au profit du bête Messenger de Facebook.

Et pour finir, je n'utilise pas de programme de mise à jour des drivers, je les tiens tous en suspicion. Je préfère aller faire jauger mon PC par l'excellent site  Drivers Cloud, qui fait des miracles.

A propos, tu auras noté que je n'utilise presque pas le cloud. C'est que je voyage beaucoup, et je préfère ne pas être trop dépendant d'une liaison haut-débit. Et aussi parce que j'ai beaucoup de doute sur la privacy que donnent ces hébergements. Ce n'est pas le fait d'avoir quelque chose à cacher, mais si tu es dans ton jardin à bronzer, tu n'aimes pas que tous les passants regardent - en tout cas, moi, ça m'agace.

En conclusion :


A force de plantages et de problèmes, j'ai fini par apprendre deux choses.
- Windows n'aime pas à être traficoté ; il vaut donc mieux prévenir son encrassement (par un logiciel de désinstallation propre) plutôt que de tenter ensuite de nettoyer. Et il vaut mieux carrément faire un réinstall si on a des soucis… à condition d'avoir fait une sauvegarde système de C: pas trop longtemps avant.

- Un programme léger, spécifique, est souvent meilleur qu'un gros programme censé faire beaucoup de choses ; il vaut mieux plusieurs petits outils qu'un seul. D'autant que les petits outils sont souvent gratuits. Les programmes vieillissent et engraissent, ce qui n'est pas bon du tout, car ils peuvent être lents, ou bien performant d'un côté mais mauvais d'un autre, ou bien d'une interface compliquée parce qu'ils ont trop de fonctions. Pire, certains programmes qui prennent de la graine essayent d'installer sournoisement d'autres programmes dont tu n'as pas besoin, ou qui peuvent être des espions ou des pubs. Quand j'installe, je ne fais jamais installation standard, je choisis installation personnalisée même si le logiciel essaye de me dissuader de le faire au motif que ce serait pour les geeks.

La légèreté et la simplicité d'un programme sont vraiment des éléments essentiels, facteur de robustesse - d'autant qu'on peut penser que son auteur en aura une vision complète et qu'il pourra mieux en maintenir le code. Et puis un programme doit pouvoir être utilisé sans qu'on soit d'emblée obligé de regarder son mode d'emploi. Il doit "tomber sous le clavier".

Tu as remarqué que j'ai beaucoup de programmes gratuits (quand je ne précise pas, c'est que c'est gratuit ou quasi). Sauf exception, les programmes payants que j'ai coûtent 30 à 40 euros, voire moins, ce qui n'est pas la mort. La dernière version n'est pas forcément meilleure que de plus anciennes (le programmeur a tendance à rajouter des trucs qui ne servent pas forcément pour faire plaisir à tout le monde).

Cette maladie des versions, c'est une perversion marketing et un archaïsme qui date des débuts de l'informatique grand public, quand une nouvelle version apportait réellement plus de fonctions utiles que l'ancienne. Mais maintenant, Windows est stable depuis 10 ans ou plus. Si tu as un logiciel de sauvegarde qui sauvegarde, que veux-tu qu'une nouvelle version t'apporte de plus ? Le café ?

Tu as maintenant une idée assez exacte de ce qui tourne sur mon PC. Il y a en plus des logiciels spécialisés, maths, stats, programmation, traitement de photo, mais cela n'intéresse personne.

C'était : mon cœur mis à nu. Si tu as des conseils, des suggestions, des commentaires, je suis absolument preneur !


mardi 19 décembre 2017

Une nuisance domestique dont on ne parle pas assez : le monstre Hadidan



Le monstre Hadidan est un monstre terrifiant. C'est manifestement un genre de diable. Je ne sais pas si son nom vient de sa dentition effrayante - je sais seulement qu'il a un cousin nommé Hadikro.


Ce monstre a des habitudes curieuses. Il s'invite dans les maisons où il y a des enfants, le jour où on fait des spaghettis. Tu peux faire des coquillettes, des raviolis, des farfallines, tu ne le verras pas : il ne vient que pour les spaghettis, ou à la limite les tagliatelles.


En fait, le monstre n'a jamais causé de dommages graves chez moi. Mais quand il est là, les enfants se terrent. Alors il prend leur place à table.


C'est un spectacle effrayant que cette bouche d'où sortent ces longues dents, ce regard électrique, ce menton et ces lèvres rouges - personne ne doute qu'il s'agisse de sang !


Comme j'ai très peur de faire quelque chose qui le contrarie, je fais comme si de rien n'était. Mais je croise parfois son regard ironique, et je sais qu'il sait que je fais semblant de ne pas le voir.


Parfois il émets des sons bizarres, des bruits de succion assez immondes... que je fais aussi semblant de ne pas entendre. Heureusement, il ne reste pas très longtemps, et disparaît à la fin du plat. Les enfants reprennent alors leur place autour de la table familiale. En principe, un enfant qui ne vient pas à table quand on l'appelle, on le prive de dessert. Là, je suis si content de les retrouver sains et saufs que je les exempte de toute punition. J'agirais autrement, je comprendrais qu'ils aient des dents contre moi.


Mais curieusement, quand je les regarde, je trouve qu'il y a quelque chose de troublant : un pétillement dans l’œil, comme une étrange ressemblance...

jeudi 7 décembre 2017

Shingeki no Kyojin : l'attaque des titans


Non, ce n'est pas du Charlier. Et pourtant !... Incapable de reconnaître le membre... de la bande garroté sur la glace.

C'est une série d'animation japonaise - je pense, car ils disent alogato, le seul mot de japonais que je reconnaisse. Mais il doit y avoir un lien avec la Chine, le générique me semble moitié en chinois moitié en japonais.

Je ne sais rien d'autre. Sinon qu'il y a trois saisons dont une en cours de réalisation. Je me suis gardé de lire quoi que ce soit sur internet afin de garder un regard neuf : cette série japonaise, c'est une première pour moi. J'avais bien picoré des bribes de Naruto, mais je n'avais pas accroché - il faut dire que je prenais en cours à la saison 237.

Dès la première minute de vidéo, il y a quelque chose de gênant : la pauvreté des moyens d'animation. On bouge un plan fixe, paysage par exemple, pour faire croire au mouvement. On fait osciller deux images de la pupille pour donner une impression de vie. Tout semble étudié pour épargner le moindre travail au dessinateur. Il faut du temps pour s'adapter, avec le sentiment désagréable de se faire arnaquer - mais on y parvient.

Les dessins de visages sont des classiques japonais, avec l'arrête du nez tranchante comme un cimeterre qui rebique. Surprise, les yeux ne sont pas immenses comme dans les mangas classiques. Et parfois les nez s'allongent. On se rapproche du style occidental. Ce n'est ni beau ni laid (à mon goût).

Les décors sont plutôt sympathiques. Curieusement, ça se passe dans des cités qui pourraient évoquer le moyen-âge européen. Avec des maisons à colombages et toits en tuiles serrées autour de beffrois, avec des grosses cloches, un mur qui évoque le mur du nord de Game of Thrones. Quant aux noms des personnages, la plupart sont saxons et on trouve même un Levi ! Si je te dis que dans la bande originale, il y a un morceau de cornemuse, tu ne me croiras pas et pourtant c'est vrai.

Un groupe de titans : on voit qu'ils ont des enfants (chauves) donc ils se reproduisent. Mais avec quoi ?

Shingeki no Kyojin, c'est une histoire militaire, une histoire de combats. Je m'étonne de voir une série populaire sur ce thème. Autrefois, les histoires de Rambo étaient destinées à la partie la moins éduquée de ma génération. L'armée était critiquée et considérée comme un repaire de tarés brutaux. L'Amérique digérait avec peine le Vietnam avec Platoon, Full Metal Jacket ou Apocalypse Now. Et s'il se trouvait un ennemi à combattre, on n'utilisait pas la force mais la ruse. Évolution des goûts !

L'histoire est censée se dérouler dans deux siècles. Des géants nus aux sexes gommés mais aux traits masculins ont envahi la terre. Ils ont décimé l'humanité. Ils dévorent tout cru les hommes et les femmes qui se trouvent sur leur chemin. Les survivants ont construit des murailles, vivent en reclus, et n'ont plus entendu parler d'eux depuis cent ans. Jusqu'au jour où…

Pause. De temps à autre, la vidéo s'arrête et donne des explications sur la situation - ça surprend. Certain trouveront lourd. Cela ne me gêne pas.

Le dessin animé est cruel, mais pas gore. Le dessinateur tourne discrètement la tête quand le géant est sur le point de manger un humain. Mais l'atmosphère générale est violente, extrême - la situation s'y prête.


Il va le manger mais tu ne verras rien (sinon une pluie de gouttes de sang)
Le héros est un jeune garçon bouillonnant, qui veut se combattre les titans. Il est modéré par sa grande sœur, qui joue le personnage raisonnable - indispensable à sa survie. Le héros a un ami blond au visage un peu efféminé. Assez effacé il serait plutôt intellectuel (heureusement qu'on me l'a dit, sinon j'aurais pas capté).

Je me demande ce que représente dans l'imaginaire japonais ce héros, enfant courageux au point d'être téméraire, entêté au point d'être frondeur : un idéal social, l'enfant souhaité ? En tout cas, c'est un garçon - et les rôles sont tranchés. Au tout début de la série, on voit la famille réunie, avec le père qui travaille à son bureau tandis que la mère fait la vaisselle. Il y a bien des filles qui foutent des raclées aux garçons - mais c'est parce que leur père leur a appris !

Les questions en l'air, c'est le courage (et la persévérance). Ne jamais perdre la face. L'idée qu'un enfant motivé peut faire mieux que des adultes couards, pourtant présentés comme brutaux, toujours prêts à gueuler. Niveau psychologie, c'est le niveau zéro. On voit les larmes couler, et on comprend qu'on doit être triste.

Les personnages sont dotés de quelques caractéristiques qui n'évolueront pas : un peu comme tu peux choisir les propriétés de ton personnage dans un jeu vidéo. Ils constituent une bande qui cohabite en caserne, avec des qualités et des défauts qui pourront se révéler complémentaires : un prêchi-prêcha pour la tolérance. Sur cette base psychologique, le héros peut apprendre de la vie, acquérir de l'expérience, principes fondamentaux dans ce genre de manga.

C'est d'ailleurs la raison du manque de suspens. Je te paye un coup de cidre si le garçon ne va pas en baver, passer par toutes sortes d'épreuves, mais finalement triompher, accomplir les vœux qu'il prononce au tout début de la série (éradiquer tous les titans de la terre) grâce à son courage et sa ténacité. Une série finalement très morale. Même si un génocide, quand on y réfléchit, c'est pas trop écologique.

J'aimerais tant voir un jour une série qui montrerait un enfant à peine plus doué que la moyenne, plein de projets magnifiques, qui deviendrait adulte - un adulte banal et plein d'imperfections - après avoir vécu quelques petites aventures et tué tous ses rêves. Flaubert a d'ailleurs écrit un excellent scénario sur cette idée, l'Éducation sentimentale, tu as lu...? Et on m'a fait cadeau d'une belle série anglaise en quatre épisodes qui racontait une telle histoire - dommage, je n'arrive plus à retrouver le titre. Un genre sans doute pas très porteur…

Bref, je n'irai pas jusqu'à dire que Shingeki no Kyojin, c'est fin, c'est beau, c'est passionnant, c'est original. Mais c'est dépaysant. Et comme c'est ma première vraie série japonaise, j'ai l'intention d'aller jusqu'à la fin de la saison. Tu me diras que je la regarde en VO sous-titrée et que je ne perçois pas toute la finesse littéraire du texte japonais. Bien trouvé... mais ça m'étonnerait. Baka, va !

Mais où sont donc les drones ? Ici on continue à se battre au sabre : les samouraïs on la vie dure !


lundi 4 décembre 2017

J'te paye un coup d'cid', mon gars ?



Les vertus du cidre breton sont malheureusement méconnues. Ici, un yogi à jeun. Voir en bas avec un coup de cidre.

J'ai toujours aimé les probabilités et détesté les jeux de hasard.

Les probas, c'est la mathématique la plus littéraire et sciences physiques qui soit :
- littéraire, parce qu'en fait, il n'y a pas tellement de formules, pas tellement de codes, une bonne partie du plaisir passe par la lecture des subtilités de l'énoncé ;
- sciences physiques, parce qu'on n'est pas dans l'abstraction, on s'amuse avec les jeux qui sont rangés dans l'armoire pour les jours de pluie : le jeu de yams, les dominos, les cartes... mais aussi les boules de lotos dans leur sac noir opaque. Bref, les probas, ça explique comment de vrais objets fonctionnent.

C'est bien simple, les probas, ça me chatouille.

Une petite pour la route, ultra simple : j'ai trois cartes, as, roi, dame. Je t'en fais tirer une à l'aveugle. Tu la pose sur un coin de la table sans regarder. Je prends les 2 qui restent et je retire le roi ou la dame, selon mon humeur (et ce qui reste). Et je repose la dernière carte devant moi.

J'ai promis de te payer un coup de cidre si tu prenais l'as. Cochon qui s'en dédit ! Et j'ai acheté du bon, du brut bien rustique, celui que tu aimes (et qui file la cliche).

Alors quelle carte retournes-tu ? Celle que tu as déjà prise, ou celle qui est devant moi ?

Car selon toi, la probabilité de trouver l'as dans le second tas est :
- plus petite,
- égale
- ou plus grande que celle de retourner la première carte que tu as tirée ?

Aucun tour de cochon, aucun coup de Jarnac, promis ! Juste des probas.

(et ta réponse en commentaire, par mail ou sur FB)

Aussi bien que le yogi, sans entrainement, mais avec un coup de cidre.

jeudi 30 novembre 2017

Suits : comment faire la Guerre des Etoiles en costume-cravate


Des costumes moins chers que ceux de François Fillon : 2000 USD

Tu prends un jeune héros sympathique, mignon diront les filles, avec la peau encore brouillée d'acné. Orphelin comme il se doit, élevé par sa grand-mère à laquelle il se montre tendrement reconnaissant. Tu le laisses se débrouiller dans un grand cabinet d'avocats new-yorkais : objectif survie!

Le passage de l'adolescence à l'âge adulte, c'est la recette de mille livres, feuilletons, séries, films plutôt orientés ados. Rien de très original.

Dans ce monde cynique et brutal (évidemment), il se montre ingénu, loyal et capable d'empathie. Mais rattrape ces faiblesses par des qualités exceptionnelles. Surtout qu'il a un super-pouvoir : il retient tout ce qu'il lit sans effort. Tiens-tiens, ça nous rappelle quelqu'un : la mémoire eidétique de Sheldon Cooper, le chercheur Asperger de The Big Bang Theory (un TV show sympathique qui raconte la vie de quatre geeks et d'une actrice ratée).

Bref, notre jeune homme appartient à la caste des super héros, entre Clarke Kent et Rocambole, auquel il emprunte un passé de hors-la-loi qui lui colle aux fesses.

Maintenant, tu lui donnes un mentor, sévère mais juste, bien sûr. Il fait son éducation en lui cachant l'amitié - on peut même parler d'affection - qu'il a pour lui. Normal !

Pour une fois, le mentor n'a pas une barbe blanche et une voix chevrotante, c'est au contraire un bel homme encore jeune, brillant avocat dans la firme de notre héros.

Autour de notre Harry Potter de prétoire, il y a deux jeunes minettes qui en pincent pour lui. Les péripéties de leurs amourettes, tu t'y intéresseras si tu as envie.

Il y a un demi-méchant, bully, rival du mentor, envieux, ridicule et d'une grande laideur : il ressemble à un gros rat - l'enfant caché de Chicaneau et Le Frisé.

Il y a aussi l'ami d'enfance malsain, déloyal, qui le plombe en s'accrochant à lui.

New-York est le dernier personnage de cette liste - and not the least. Belles vues de la cité, d'en haut et d'en bas, ballet de taxis jaunes, agitation entre les skyscrapers. Je ne m'en lasse pas. 

Et quelques ingrédients supplémentaires.

D'abord l'argent qui pour une fois a une odeur, celle du caviar frais des grands restaurants. On s'habille avec des costumes sur mesure, on rencontre des petites filles riches et on a des contrats en millions de dollars.

Ensuite les dialogues genre table de ping-pong - et totalement bidon. Classique mais distrayant. Je regarde la série en anglais, et je me demande bien comment font les traducteurs (même si l'américain utilisé est très classique, très clean, et pas trop bourré de références).

Les histoires ? Toute ressemblance avec une quelconque réalité des prétoires américains ne pourrait être qu'un caprice du hasard. On nage en plein conte de fée en permanence. Non, j'ai bien écrit conte de fée. C'est totalement invraisemblable - délibérément.

Voilà, c'est tout. Tu viens de lire la recette d'une série très classique telle qu'on aurait pu la composer à partir du Writer's Guide To Characterization, le livre de chevet des apprentis-écrivains.

Erreur 404 : ici je voulais mettre une image pour illustrer un peu mon texte, et reposer ton esprit qui en a bien besoin. J'ai googlé Suits, en images, et figure-toi que je n'ai rien trouvé. Si, un tas de photos du héros avec son mentor, les différents personnages que j'ai cités, mais aucune photo montrant un moment, le passage marquant d'un épisode. Un signe ! Qui ne veut pas dire que la série n'est pas intéressante. Mais elle n'est pas très visuelle - ce n'est pas une série d'action. On n'y voit d'ailleurs pas un cadavre ni même une goutte de sang.

Moins fin et original que Damages, une autre série d'avocats. Nettement moins bon que The Wire, qui voit le problème de la délinquance à l'autre bout de la société, dans les quartiers - avec une langue d'anthologie et des personnages d'une autre épaisseur. Le fait est qu'il n'y a aucune complexité dans Suits, tout est attendu, sans stress, on sait qui va gagner.

Mais bon, la recette est là, elle est vieille mais elle est excellente. On est toujours content quand on voit le tigre sauter à travers le cercle de feu (quoique), et notre héros dicter de mémoire à sa super-secrétaire l'arrêt de vingt-cinq pages qu'il a lu par-dessus l'épaule de quelqu'un d'autre.

Pour moi, j'ai terminé la première saison, je ne vais pas bouder mon plaisir, je vais attaquer la saison deux. Six ont déjà été produites - pas sûr que je regarderai jusqu'au bout. J'aime bien, mais je pense que je vais me lasser. Les lawyers ont beau être pétés de thune, la série n'est pas très riche.

lundi 27 novembre 2017

La chronique éthique-tique-tique d'un professeur d'informatique contre la reconnaissance visuelle des gays…



Quelle éjaculation ! Le robot est gay, pédophile, et ça se voit sur son visage ! Preuve : le manitoba ne répond plus...

Jean-Gabriel Ganashia (JGG) est professeur d'informatique, mais pas seulement : il préside le comité d'éthique du CNRS. Je le retrouve dans le numéro de décembre de La Recherche où il signe une chronique éthique.

Il y pourfend les travaux de deux chercheurs de Stanford. Le programme de reconnaissance faciale que ces chercheurs ont mis au point permettrait de repérer l'orientation homosexuelle des sujets dans 91% des cas - donc plus performant que l'homme.

D'après les auteurs retranscrits par JGG, "ce travail donne un fondement scientifique à l'antique physiognomonie" c'est à dire la reconnaissance des qualités de l'esprit par l'aspect du visage. Ce que JGG oublie de préciser, c'est que les auteurs prennent immédiatement leurs distances avec "ce mélange de superstition et de racisme déguisé en science" (tiré de l'article des deux auteurs et traduit par moi).

Oui, le travail de ces auteurs donnerait un fondement scientifique si ce travail était reproduit et vérifié. Ce qui ouvre d'autres perspectives : la reconnaissance faciale de ceux dont la connerie se voit comme le nez au milieu du visage, le chômage assuré pour ceux qui ont la gueule de Iago, etc.

On est bien d'accord, cela pourrait poser des problèmes. C'est d'ailleurs ce qu'écrivent les auteurs - noir sur blanc. Tu peux être sûr que les armées se jetteront sur ce type de logiciel, rapidement suivies par le monde du business. Il faut donc contrôler l'exploitation de ce genre de recherche - mais en aucun cas l'interdire.

Ce qui me gêne dans le billet de JGG, c'est l'absence de position scientifique. En dramatisant et avec pas mal d'exagérations, il expose un enchainement d'idées et de conclusions très personnelles. Ainsi, selon lui, l'expérience affirme "le primat de l'extérieur sur l'intérieur". Pourquoi primat ? Est-ce qu'il n'est pas naturel d'imaginer qu'il existe un lien équilibré, entre l'intérieur et l'extérieur, sans primat ? Le mot semble mal choisi, ou c'est une interprétation erronée, car les auteurs rappellent divers travaux qui établissent les rapports entre l'apparence et le psychisme - dans les deux sens - et se gardent d'évoquer un quelconque "primat".

Comme on pouvait s'y attendre, JGG évoque la persécution des homosexuels par les nazis. Mais est-ce que justement, les pratiques nazies n'étaient pas fondées sur de fausses théories ? Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux savoir, plutôt que de laisser un vide qui peut être comblé par les élucubrations d'un crétin à moustache ?

On a ensuite droit à un coup de violon sur le thème de la liberté et de la responsabilité : "les désirs seraient causés par des enchaînements de processus physiologiques indépendants du sujet… nous serions tous les jouets de phénomènes hormonaux sans disposer d'aucune liberté [...] et a fortiori d'aucune responsabilité."

Et bien oui, il y a des chances que ce soit vrai. Et qu'est-ce que ça change ? Pire, est-ce que par hasard JGG serait en train de nous dire que les gays pourraient s'amender - par la puissance de leur volonté et grâce au libre choix ! - pour rejoindre enfin les rangs des hétéros ?

Bref, JGG est persuadé qu'il dispose d'un libre-arbitre malgré tous les travaux récents (et solides) qui tendent à mettre en cause ce concept encore in-démontré aujourd'hui. Dommage : un président de comité d'éthique devrait avoir un sens un peu plus aiguisé de ses limites.

Et puis il donne un dernier coup d'archet. Celui-là, il me fait trop plaisir : la peur d'être dominé par la machine. Je cite : "cela suggèrerait que les machines en savent plus sur nous même, et donc qu'elles nous dépasseraient au point de prétendre nous gouverner plus rationnellement , et donc mieux, que nous-mêmes."

Bite my shiny metal ass !

Mauvaise nouvelle pour JGG : il y a déjà pléthore de machines qui en savent plus que lui. Mais bonne nouvelle, elles n'ont pas encore pris le pouvoir ! On a l'impression de nager en plein fantasme. A moins qu'il n'y croie pas et veuille simplement tirer à la ligne en invoquant une des grandes peurs du siècle ?

La conclusion est à l'image du reste. Les travaux des américains sont déclarés "non scientifiques". Personnellement, je ne peux pas évaluer la qualité scientifique de leur travail (j'ai lu les 47 pages de l'article mais je n'ai pas vérifié les données). Je suis prêt à envisager que l'étude soit techniquement contestable - à noter que l'essentiel de leur travail, c'était la mise en place du learning par la machine et l'analyse des résultats. De là à dire qu'elle est "non scientifique", je ne comprends pas. Critiquer la contextualisation de cette recherche et ses à-côtés, je ne vois pas bien le sens : c'est tirer à côté de la cible. Ici, les auteurs indiquent clairement qu'on est dans le domaine d'hypothèses et de travaux non confirmés et se montrent très prudents ("Importantly, we would like to warn our readers against misinterpreting or overinterpreting this study’s findings"). Il me semble donc que JGG est à la limite du manquement à... l'éthique et à la déontologie envers des confrères. Qui heureusement pour lui, sont loin.

Au fait, pourquoi JGG dit que le travail n'est pas scientifique ? Parce qu'il pourrait y avoir une variable intermédiaire : "les résultats obtenus ne prouvent aucunement qu'il y a causalité". Mais il parle de quoi, JGG ? J'ai bien peur qu'il n'invente. Car les auteurs, eux, ne parlent pas de causalité, c'est en dehors de leur champ de compétence, ils ne sont pas biologistes : ils se bornent à dire dans leur abstract que leurs travaux sont compatibles avec une théorie hormonale du genre déjà existante ("Consistent with the prenatal hormone theory of sexual orientation, gay men and women tended to have gender-atypical facial morphology, expression, and grooming styles").

"Comment le comité d'éthique de Stanford a-t-il pu donner son approbation ?" s'interroge finalement JGG. Tu m'arrêtes si je me trompe, mais j'entends : moi au CNRS, j'aurais bloqué ces irresponsables. Sans connaître leurs conclusions ! Juste sur le principe de la recherche ! On ne touche pas aux gays ! Perso, je trouve ce blocage discriminatoire.

Ce qui pose une question : pourquoi ce travail n'a pas été interdit aux USA alors qu'il le serait en France ? Peut-être parce qu'en France, on est nettement moins clair sur la question gay ?

Tu comprends pourquoi les américains nous qualifient d'arrogants et de donneurs de leçons ? Heureusement, Stanford, c'est loin, et je ne suis pas sûr qu'on y lise beaucoup La Recherche !



  

dimanche 26 novembre 2017

Transcendance, un film de SF qui aurait plu à ma grand-mère


Je t'avais dit qu'on aurait droit aux lignes de code bidon...

Quand j'étais tout petit, ma grand-mère me lisait des contes, et il y avait toujours un moment où le méchant monstre s'approchait, tandis que l'enfant se recroquevillait dans sa cachette et rentrait la tête. Nous avions alors une expression particulière pour ce moment-là. Ma grand-mère s'arrêtait de lire, me regardait avec un air malicieux et disait : on connaît qu'on a peur ! en ouvrant de grands yeux. Et je répondais, terrifié mais ravi :
- Oh oui mamie ! On connaît qu'on a peur…

Malicieux, délicieux… je ne sais pas pourquoi l'homme aime à se faire peur. Même adulte. Anticipation du soulagement qui viendra après ? D'après les cognitivistes, on fonctionnerait pas mal comme ça.

L'une des peurs de ce siècle, c'est la crainte d'être dépassé par la machine. Ça ne date pas d'aujourd'hui : prolifique progéniture de Frankenstein… Aujourd'hui, le monstre n'est pas couturé, il est tout lisse, en métal et silicium. Robot ou ordinateur - il n'y a pas vraiment de différence, sinon qu'on attribue au robot le don de se déplacer. En un sens, l'ordinateur est bien plus terrifiant, car il est partout dans le réseau : c'est l'hydre moderne.

Le thème a suscité une diarrhée de livres et de films avec pour principe la prise du pouvoir par un ordinateur central, et l'humanité rendue malheureuse par son hyper-rationalité.

Ne crois pas que ce soit juste un truc de scénaristes et de romancier. Beaucoup de gens ont vraiment peur - au point de vouloir pondre des lois pour se préserver (j'en parle dans un post récent que tu peux trouver ici).

Je viens de regarder Transcendance, un film de Wally Pfister - son premier en tant que réalisateur, car il a accompli l'essentiel de sa carrière comme directeur de la photographie. Ce qui se ressent dans le film : les décors, les visuels en général sont une réussite. 

Il s'agit d'un film de SF en plein dans le thème de la toute puissance informatique. Il emprunte au langage consacré des sagas d'ordinateurs : on a droit aux écrans qui zappent à toute vitesse - comme si un ordinateur avait besoin de faire défiler des images pour travailler ! Ainsi qu'au défilement de mystérieuses lignes de code façon Matrix - au fait, tu savais que le décorateur s'était servi d'une recette de cuisine japonaise pour réaliser ses écrans ?

Le film se laisse bien regarder. Le thème classique du savant fou mégalo est là, mais revisité. Je regarde avec un peu de tristesse ces décors high tech qui auront l'air ringards et obsolètes dans vingt ans - mais pour l'instant, c'est très joli.


Le mot "code" est utilisé dans toute son ambivalence, codage informatique, mais aussi avec son sens de code secret, presque magique, qu'un seul homme peut faire et défaire, ce qui est assez faux. Et la différence entre virus informatique et virus biologique est joliment estompée.

Seuls les nigauds prendront ce film pour une réflexion sur l'avenir de l'homme informatisé. Il n'y a aucune morale à tirer, sinon affreusement banale. C'est un simple divertissement, assez bien fait, et avant tout une belle histoire d'amour, avec son tiers, ses incertitudes et ses ambigüités. De ce point de vue, c'est plutôt une réussite.




samedi 25 novembre 2017

Le Cardinal de l'Univers, ou comment apprendre à lire Proust par les nombres


- Tu crois que c'est lui, le Cardinal de l'Univers ? - Mais non, lui c'est le Cardinal de Richelieu.

On ne le dit pas assez : les maths sont une école de français remarquable. Dans un sens, meilleure que le meilleur cours de français car bien plus exigeante.

Quand on te donne un problème à faire, tu dois absolument scruter tous les coins de l'énoncé. D'abord, parce que tu n'es pas à l'abri d'une lecture trop rapide. Je me demande d'ailleurs quel est le taux d'erreurs aux examens du à une lecture bêtement erronée du texte, mais il ne doit pas être négligeable. Ensuite, parce que l'énoncé peut contenir des subtilités. Par exemple les opérateurs logiques, et, ou, etc. - qui sont pure grammaire et qui prennent tout leur sens... et rien que leur sens.

En calculs de probabilités plus qu'ailleurs, la qualité de la lecture et la compréhension extensive du texte sont décisifs.

Un exercice tout bête destiné aux enfants.

Tous les jours, Eusèbe prend au hasard un dragon Uber, une bicyclette à eau ou de la poudre de téléportation pour se rendre de son domicile au café. Après s'être abreuvé, il rentre par la même méthode aléatoire. Calcule la probabilité pour qu'il prenne une fois le dragon Uber un jour donné.

On y va !

Le principe d'abord : la probabilité cherchée sera le nombre de cas possibles, divisé par le nombre de cas favorables.

Commençons par compter ces cas favorables.

Le matin, Eusèbe peut prendre le dragon Uber et rentrer le soir par l'un des trois moyens à sa disposition : ça fait déjà 3 cas distincts où il utilise le dragon.

Les fois où il ne prend pas le dragon le matin, il pourra le prendre le soir, soit en association avec la poudre de téléportation, soit avec la bicyclette à eau, ce qui fait encore deux cas. Donc trois plus deux, cinq en tout. Vérification... je passe en revue tous les cas… non je n'ai rien oublié.

Pas compliqué de calculer le nombre total de cas possibles, c'est trois au carré, donc neuf. Parce que le tirage au sort du soir est indépendant du tirage au sort du matin - je n'entre pas dans les détails, mais tu peux me faire confiance. Par parenthèse, ce nombre de cas, on appelle ça le Cardinal de l'univers. Ça jette, non ?

La probabilité pour qu'Eusèbe prenne une fois le dragon Uber un jour donné est donc de 5/9.

Raté ! Elle est de 4/9, car la fois où il a pris le dragon matin et soir, il n'a pas pris le dragon une fois ce jour-là, mais deux. Relis l'énoncé. Il n'est pas écrit : au moins une fois. Un, c'est un, c'est pas deux.
- Alors il faut lire Proust avec la même attention ?
- Oui, sans aucun doute : c'était pas le genre de mec à donner dans l'approximation. Et c'est là que tu risques de voir les petits trucs marrants qu'il a glissé dans son texte !

ps : bon, tu as compris, je frime, je frime, mais je me suis fait niquer grave sur ce petit exo, et je suis très vexé !