vendredi 21 avril 2017

Des morts qui marchent ? Surtout, ne prend aucun Risk...


Les voitures sur la voie de gauche sont toutes à l'abandon !


J'ai regardé la septième saison de "The Walking Dead". La punition pour ceux qui ne connaissent pas la série : un brin de grammaire anglaise !

Les adjectifs anglais ne prennent jamais de pluriel. The beautiful ladies. La règle s'applique même quand l'adjectif est substantivé (utilisé en tant que nom). The Walking Dead n'est donc pas l'histoire d'un mort qui marche, mais d'innombrables cadavres ambulants. Tous plus hideux les uns que les autres, avec leurs yeux jaunâtres et leurs déficits moteurs de type hémiparésie, ils sont des milliers, des millions, morts et ressuscités après une terrible épidémie - et fonctionnant maintenant avec une physiologie simplifiée : ils se nourrissent de tout ce qui bouge, y compris la chair humaine, en émettant d'ignobles râles.

The beautiful ladies !


Excellente série dans ses premières saisons. J'ai encore en tête l'épisode 7 de la deuxième saison, et sa scène finale où l'on voit sortir d'une grange une ancienne communauté rurale de morts-vivants - et parmi eux des enfants - après une attente éprouvante. Tension insupportable. La série avait alors touché au sublime des plus belles tragédies de l'histoire de la littérature - non, je ne plaisante pas.

Mais les séries sont par nature soumises à une sévère érosion.

- Soit elles sont construites sur une seule histoire et se dirigent vers une fin programmée. Elles n'ajoutent pas de saisons supplémentaires en fonction de la part de marché de la dernière saison. Ces séries sont minoritaires : qui voudrait tuer la poule aux œufs d'or ? En exemple, Akta Manniskor, une série suédoise, ou la magnifique Rome.

- Soit elles obéissent à la règle commune, qui veut que les producteurs rallongent la sauce s'ils pensent encore faire des bénéfices. Règle compréhensible, naturelle... qui produit du bon et du très mauvais. En règle, le bon est au début, le mauvais à la fin. Comme The Big Bang Theory qui me faisait autrefois jubiler et me parait maintenant terne et sinistre. Heureusement, tout n'est jamais dit : il arrive d'avoir de bonnes fins après quelques saisons ratées. Dans Lost ou Weeds par exemple. On aimerait d'ailleurs que la saison à venir de Game of Thrones rattrape la médiocre saison six.

- Entre les deux, il y a des séries qui savent s'arrêter à temps, et qui peuvent faire une fin plus qu'honorable. On y trouve Breaking Bad, le chef d'œuvre absolu des séries, ou le très bon Damages, ou encore Mad Men et Six Feet Under.

- Et puis il y a quelques séries qui s'arrêtent alors qu'on aurait bien aimé les voir continuer (Dead like me).

Pour palier cette usure, certaines séries ajoutent inlassablement de nouveaux personnages - car on ne peut pas faire évoluer les anciens indéfiniment. Mais ce n'est pas suffisant.

Beaucoup de séries sont construites sur des situations de base extraordinaires. Dans Les Cents, par exemple, des jeunes sont envoyés sur terre par la petite communauté des humains qui ont réussi à survivre dans l'espace à d'épouvantables guerres nucléaires. On voit tout de suite que l'usure est énorme dès la première saison : une fois arrivés sur terre, les jeunes se retrouvent dans une banale situation d'exploration, et le moteur qui a déclenché le début de la série fait pschitt. Dans Dr. House, les prouesses médicales du héros finissent par lasser (vite, injectez-lui deux centicubes d'épinéphrine…! Et hop, un petit coup de réa cardiaque avec les bons vieux fers à repasser).

Dans The Walking Dead, il y a aussi une usure. L'idée initiale - la transformation en morts-vivants d'une grande partie de la population à la suite d'une virose - était ingénieuse. Elle permet de montrer un monde d'apocalypse très fascinant : usines laissées à l'abandon, routes vides, monde sans électricité. C'est une réussite esthétique.

Par ailleurs, la situation de survivant aboutit à des situations nouvelles (prise de risques, alliances…) La recherche d'abris engendre une itinérance de bon aloi, qui permet de renouveler les décors et rencontres - donc les personnages.

Et puis arrivent les saisons 6, 7 (la 8 est à venir). Tout a déjà été dit, tout a déjà été vu, tout a déjà été testé. Les morts-vivants ne font plus peur. Que faire ?

C'est là où les scénaristes ont eu une belle idée de merde.

Ils ont créé un personnage très méchant, très peu réaliste. Auquel les gentils se sont trouvés confrontés. Surenchère de violence assez gratuite (pour montrer la cruauté du méchant) afin de racoler les amateurs d'horreur. Mais pour le reste, aucune nouveauté possible.

La série s'est transformée en jeu de Risk. Tu sais ce que c'est ? Chacun tient un continent, il dispose d'une armée et de divers moyens pour faire pression sur les autres. Il faut s'allier. Et le plus fort gagne. L'histoire pourrait se dérouler dans une banlieue, batailles rangées entre bandes rivales. Où ça pourrait être la Guerre des Boutons, sans le charme. Le principe de la série - un monde post-apocalyptique - s'est effacé. Il ne reste plus qu'une guerre de libération menée par les gentils opprimés contre le vilain oppresseur.

Je n'insisterai pas sur les lourdeurs psychologiques, les phrases convenues, la sentimentalité qui infiltrent de plus en plus la série. Même si l'idée de départ pouvait être considérée comme irréaliste, elle donnait lieu à la création d'un monde réel, clairement défini, auquel on pouvait adhérer. Maintenant, il n'y a plus rien de crédible, ni personnages, ni actions.

C'est la série toute entière qui s'est transformée en walking dead. Au singulier !