dimanche 18 juin 2017

Parks and recreation : histoire d'un vol plané dans une fosse en construction


Une série familiale n'est pas forcément mauvaise...


On m'avait dit du bien de Parks and Recreation. J'étais d'autant mieux disposé que cette série est faite par ceux qui ont réalisé "The office", une série qui raconte la vie quotidienne d'une succursale de vente de matériel de bureau que j'avais adorée.

On y retrouve la signature des auteurs : les épisodes sont filmés comme s'il s'agissait de reportages amateurs, les plans et travellings sont délibérément mal soignés, et régulièrement les acteurs fixent la caméra (ce qu'on te dit de ne jamais faire quand tu fais de la figuration). Inversement, la caméra fixe les personnages et récupère leurs réactions off - comme si ça devait être coupé au montage. Le résultat est original et très drôle.

Le thème est la vie quotidienne de la petite administration des parcs et jardins d'une petite ville de l'Indiana - un état agricole qui est tout sauf touristique et représente l'Amérique profonde.

Alors que "The office" raconte presque équitablement l'histoire de tout un groupe de personnes, Parks cible avant tout la responsable de l'administration, Leslie Nope, qui est un genre de gourdasse gaffeuse, morale et bienveillante, idéaliste et bosseuse, célibataire un peu coincée qui rêverait de se faire sauter par les gentils garçons qu'elle rencontre... et que l'échec peut rendre un peu aigre.

Les autres personnages de l'administration sont tout aussi intéressants et drôles - on les a tous rencontrés. Les deux premières saisons sont donc burlesques, les personnages interagissent de manière suffisamment désynchronisées pour qu'on soit plié de rire, avec situations awkward en cascades.

La description du fonctionnement administratif d'une petite ville américaine ne manque pas d'intérêt pour un français. On est forcé d'établir certains parallèles...

Parfait. Mais… au cours de la troisième saison, les choses changent progressivement. Leslie est de moins en moins une gourdasse, elle réussit systématiquement ce qu'elle entreprend, elle quitte son habit de looser pour devenir brillante. Les valeurs morales triomphent systématiquement, les cyniques sont des philanthropes qui se dissimulent, les nuls ont des talents cachés et les méchants sont toujours punis. Leslie finit par rencontrer l'âme sœur et file le parfait amour. Un autre couple se forme dans l'administration, couple improbable sans grand intérêt. Bref, ça devient complètement chiant.

On aurait pu imaginer sauver la série de la répétition en faisant évoluer l'un des dix personnages (dix, quand même...). En pratique, c'est impossible : on ne peut pas transformer des archétypes sans leur faire perdre leur intérêt.

Je t'encourage pourtant à regarder les premières saisons. Elles racontent le combat de Leslie pour faire reboucher un chantier abandonné au stade des fondations afin de le transformer en parc. C'est une réussite. Le problème, c'est qu'en cours de route, la série tombe dans le trou et se casse les pattes.