dimanche 13 août 2017

Philosophie et physique : inutile de vouloir paraître intelligent, Aurélien Barrau…



…car nous savons que tu l'es !

J'ai hésité à faire un compte-rendu du livre d'Aurélien Barrau, Quelques éléments de physique et de philosophie des multivers. Pour deux raisons :

a/ d'abord parce que je ne l'ai lu qu'une seule fois, et pas avec toute l'attention qu'il aurait fallu. J'accepte donc par avance toutes les critiques de légèreté et d'inexactitude qui me seront faites.

b/ ensuite, parce que ce n'est pas un livre de physique même si la physique y est centrale : c'est un livre d'épistémologie et de philosophie, et la philosophie me donne des boutons.

C'est pourtant un très grand plaisir de voir la philosophie reprise en main - dans les domaines qui l'impliquent - par quelqu'un qui connaît l'état de la science quand il parle d'infini, d'univers, de hasard ou de temps.

Je suis un peu moins chaud quand je lis - une fois de plus - que les grecs ont tout inventé. Loin de moi l'idée de dénigrer la superbe culture grecque. Mais le sport consistant à rechercher tout ce qu'ils ont pu dire de prémonitoire tout en laissant de côté les innombrables et nécessaires bêtises qu'ils ont écrites m'agace. Ils ont fait très fort, je le reconnais volontiers, mais ils vivaient avec leur temps. Il n'y a pas eu de miracle, il ne pouvait pas y en avoir.

L'autre problème, c'est que Barrau est pollué par le beau parler de la philosophie contemporaine. Parfois verbeux, alors qu'il est ailleurs capable de la plus grande clarté. Avec ce style elliptique qui a des prétentions d'élégance. Trop content d'utiliser des termes peu usités - d'ailleurs sans les définir. Ou bien d'en utiliser d'autres, éculés, maintenant ridicules ("un réel pluriel"). Ou encore précieux ("mondes diaprés") qui ne veulent plus dire grand chose. Et de fondre dans une même phrase les références à plusieurs auteurs - ça fait tellement Kultur ! Et de jouer sur les mots - on échappe à la psychanalyse et à Lacan de justesse (je-de-mots ou jeu-de-mondes) !

Trop content tout simplement de jouer l'ouverture : il y a des ponts, il ne faut pas mettre de limites, on est dans un monde de correspondances, il ne faut pas figer les choses… Et par exemple de renvoyer dos à dos les relativistes en sciences et les néo-positivistes (cf. Hubert Krivine, De l’atome imaginé à l’atome découvert - Contre le relativisme). Désolé, mais c'est trop plon-plon et surtout, ça sent le racolage œcuménique. Et puis, franchement, tu miserais combien sur l'héritage du dodécaphonisme et son impact sur les jeunes générations ? Seriously…?

Quant à la physique, elle apparaît par fragments et références sans jamais être expliquée ou contextualisée, et il faut déjà bien connaître la chanson pour suivre. Là, je ne critique pas. Je me contente de dire que ce n'est pas du tout un livre de néophyte.

Honnêtement, il y a énormément de choses que je n'ai pas comprises, sans doute bien plus que la moitié. Nettement plus dans la partie purement philosophique que dans la réflexion sur la méthodologie de la science. Dans cette partie, j'ai pêché plusieurs discussions très intéressantes. Par exemple un inventaire des manières dont on peut arriver - par la physique - à l'hypothèse de multivers. Tu te rappelles ce que c'est, le multivers ? L'idée qu'il n'y ait pas qu'un seul univers, mais plusieurs… ou une infinité. Un univers se définissant par un jeu de constantes physiques et le fait qu'il soit pour l'observateur la totalité de ce qu'il pourrait observer (attention, je n'ai pas dit la totalité de ce qu'il peut observer). Cet observateur ne pouvant accéder par définition à un autre univers.

Beaucoup aimé aussi la critique de Karl Popper. Tu sais, c'est la référence classique qui permet(tait) de distinguer ce qui est scientifique de ce qui ne l'est pas, la réfutabilité : ce qui ne peut pas donner lieu à examen et démonstration contradictoire n'est pas scientifique. Ainsi, l'idée de dieu n'est pas scientifique puisqu'on ne peut pas démontrer qu'il n'existe pas.

Tout ça pour argumenter un plaidoyer intéressant et vigoureux en faveur de l'hypothèse du multivers - disant à la fois qu'il obéit au critère de Popper et que ce critère n'est pas valide, ce qui n'est pas contradictoire malgré les apparences. Car on peut prendre la pilule ET s'abstenir de niquer pour ne pas avoir d'enfant… Mais pour moi, son argument le plus recevable est ailleurs. Pour être considérée comme valable et explicative, il rappelle qu'il n'est pas nécessaire de tester toutes les conséquences d'une théorie (heureusement !) Ainsi, le multivers étant une résultante secondaire, presque latérale de certaines théories, il n'est pas nécessaire de démontrer son existence si déjà par ailleurs, dans des domaines où les vérifications sont possibles on peut trouver de bons arguments pour soutenir ces théories (et que ces théories impliquent le multivers).

Bref, il semble qu'il y a du bon et du mauvais dans ce livre. Vaut-il l'effort que j'ai fait ? Je n'en sais rien. Je ne jouais pas dans la cour où j'aurais dû jouer. Même si un tel livre m'en apprend plus que cent livres de philosophes "purs" et ignorants des sciences.

Je suis renvoyé à mon manque de puissance intellectuelle, et cela me rend triste. La critique que j'ai faite du style de Barrau : je me demande si je ne suis pas le sot qui regarde le doigt quand le sage montre la lune. En fait oui, j'avoue mon incompétence, mon incapacité à rendre compte de ce livre, je n'avais pas assez de billes, je suis petits bras…




PS : peut-être important de noter que ce livre - auquel Barrau se réfère toujours comme un "mémoire" - est disponible gratuitement sur son site. J'ai cru comprendre qu'il avait publié un livre (payant) sur le même sujet, qui serait d'un abord beaucoup plus facile. Je n'y ai pas encore eu accès. Il serait intéressant de connaître le rapport de l'un avec l'autre. Celui que j'ai lu serait-il un refus de l'éditeur ? Ou bien la version beta d'un autre - ce qui lui donnerait des excuses… et inciterait à féliciter Barrau pour cette transparence.

vendredi 11 août 2017

Narcos : le contrepoint de Breaking Bad


Le comédien à l'air triste qui joue Pablo Escobar...
Il est troublant que les deux séries américaines que je place au panthéon soient deux histoires de trafic de drogue. Qui se complètent parfaitement.

Je viens de terminer Narcos. L'histoire de Pablo Escobar et des cartels de Medellin. Les mots me manquent. Tout y est excellent, jusqu'à la musique lancinante de l'intro. Les constructions, les personnages, les histoires, la façon dont la vérité est romancée, la manière de filmer (et de mélanger des documents d'époque avec les séquences de la série), la morale (très discrète), l'humanité qui apparaît (parfois), l'hispanité… non, il faut que j'arrête les compliments.

Et peu importe que l'histoire que raconte la série ne soit pas l'Histoire vraie, comme l'assure le fils du trafiquant. L'essentiel est le plaisir du spectateur.

Et puis quand même, une critique. Le personnage (central) de Pablo Escobar est joué par un acteur qui arbore en permanence une expression de tristesse que ne semble pas avoir le vrai Escobar - si j'en crois les photos sur internet. Il semble porter un "douloureux secret", une lassitude confinant au taedium vitae. C'est un choix de la production, de toute évidence, pour donner de l'humanité au personnage sanguinaire. Je pense néanmoins qu'un comédien aux traits plus cyniques aurait tout aussi bien fait l'affaire.

Reste que Narcos est une série exceptionnelle. Oui, une série d'action, de suspens où on entend beaucoup de coups de feu et où on voit beaucoup de sang et de morts. On peut ne pas aimer. Mais si on aime ce genre, il n'y a pas mieux. La production s'offre même le luxe de ralentir le rythme sur les deux derniers épisodes… juste pour faire durer le plaisir, retarder la fin. Quelle maestria !
Le vrai... qui me semble nettement plus sinistre !


La comète qui avait de la barbe (A la rencontre des comètes, Lequeux et Encrenaz)





- Tu sais que l'eau des océans, elle ne vient pas de chez nous. C'est une immigrée. Je ne pense pas qu'elle ait pris un bateau pour venir. Quoique, dans un sens… En tout cas, elle s'est installée, et plus question de repartir. Elle est d'ailleurs parfaitement intégrée, à ce qu'il paraît...

Autrefois, quand la terre s'est constituée, elle contenait un peu d'eau. Un peu seulement. Et aujourd'hui, elle en est couverte. Il a bien fallu que quelqu'un l'asperge. Mais on ne sait toujours pas qui est le coupable. La seule chose dont on est certain, c'est qu'au départ, les océans n'étaient pas là. C'est clair, on s'est fait inonder. Et là, sûr, ce n'est pas le voisin du dessus.

L'hypothèse de comètes-arroseuses est à la mode. Mais pour l'instant, on n'a que des suspects. En effet, on peut caractériser notre eau à l'aide du rapport hydrogène / deutérium (un isotope de l'hydrogène), mais on n'arrive pas à trouver qui dans l'espace a exactement ce même rapport H/D - ce qui nous permettrait d'identifier le coupable avec certitude.

L'origine de l'eau sur terre est un des nombreux problèmes auquel l'étude des comètes peut apporter des réponses. On se demande aussi si la vie sur terre ne s'est pas créée à partir de briquettes chimiques apportées par les comètes. Du matos d'importation... On serait vraiment des métèques, alors !

Mais au fait, tu sais d'où sortent les comètes ? Il semble qu'il y ait deux garages à comètes aux confins de notre système solaire, la première à gauche après Neptune. Elles viennent frimer autour du soleil, elles virent un genou à terre en faisant des étincelles et elles se cassent. Parfois pour toujours. C'est follement romantique.

Tiens, une autre question : les comètes, elles gardent leurs cheveux toute la vie ?  Pas vraiment. D'abord, périodiquement - quand elles s'éloignent du soleil - elles perdent leurs cheveux. Mais ça repousse quand elles reviennent près de lui. A la longue, les comètes font comme moi : plus elles vieillissent, moins elles ont de cheveux.

Tout cela est drôle et instructif. Je l'ai lu dans un sympathique petit livre, A la rencontre des comètes, signé Lequeux et Encrenaz. Je ne dirai pas que ce sont les meilleurs vulgarisateurs du monde, mais leur prose est très facile à lire. La seule chose qu'il est mieux de connaître - et encore - c'est l'effet Doppler-Fizeau et le principe du spectromètre. Il suffit d'aller sur Wiki si on n'est pas trop sûr.

A priori, les comètes, ce n'est pas mon truc, mais je ne me suis pas du tout ennuyé, pas eu le temps. Et puis le bouquin est rempli de belles et nombreuses illustrations.

Il est paru en 2015 - et il a donc pu décrire l'atterrissage de Philae sur une petite comète de rien qui se baladait à cinq cent millions de kilomètres de l'endroit où il a été construit par nos petites mains - notamment en France. Atterrir à cinq cent millions de kilomètres de la maison ! Tu te rends compte ! En fait, c'est vachement émouvant…